vendredi 20 juillet 2012

Solidarités féminines

Une chronique de Martin

Juste avant de laisser défiler le générique final, Pedro Almodovar dédie Tout sur ma mère à plusieurs femmes. Celle à qui il doit la vie est citée en dernier, après notamment, côté cinéma, trois stars d'autrefois, Bette Davis, Gena Rowlands et Romy Schneider. Si j'ai choisi d'évoquer le film aujourd'hui, pour ma part, c'est avant tout parce que je vous avais promis d'en parler, mais aussi pour envoyer un petit clin d'oeil à ma propre maman. Elle comprendra pourquoi...

Tout sur ma mère est le treizième film de Pedro Almodovar à être sorti en salles. Il raconte la vie de Manuela, infirmière et maman célibataire d'un adolescent, Esteban, 17 ans. Le soir de l'anniversaire du fils, le duo sort au théâtre pour y voir Un tramway nommé Désir. Pour obtenir ensuite la dédicace d'une des comédiennes, Esteban demande à l'attendre à la sortie. Courant alors après le taxi qui est venu chercher son idole, il est renversé et tué par un autre véhicule. C'est à cet instant que le scénario se met réellement en marche. Mise en route assez rapide, je dois dire, qu'on pourrait qualifier de directe.

Pour faire face à la tragédie qui l'accable, Manuela décide de quitter Madrid et de changer de vie. Plus exactement, elle se retourne finalement vers son passé et repart à Barcelone, la ville qu'elle avait laissée derrière elle alors qu'elle était enceinte d'Esteban. Son espoir est simple: pouvoir retrouver le père de son enfant décédé. Débute alors ce que j'appellerai un film de femmes. Les personnages masculins n'existent presque pas, dans Tout sur ma mère. Réduits en nombre, ils ne sont même pas des faire-valoir. Le principe même du film consiste à étudier les relations des femmes entre elles. D'abord désespérée, toujours émotive, Manuela en rencontrera d'autres, en retrouvera quelques-unes et aura, comme le spectateur, certaines surprises. Je suis assez d'accord avec ceux qui affirment qu'au-delà des rapports sociaux, le long-métrage dépeint des liens quasi-familiaux. Le fil invisible qui peut relier des soeurs de coeur.

La touche qu'apporte Pedro Almodovar, c'est au fond la composition de cet aréopage féminin. Aux côtés de la mère éplorée, on rencontre une prostituée transsexuelle, une très jeune religieuse encombrée d'un lourd secret, une bourgeoise un peu rigide, une comédienne lesbienne amoureuse de sa partenaire héroïnomane... en un mot quelques personnages très typés. C'est - curieusement - ce qui fait que je ne suis pas parvenu à tout à fait "entrer" dans l'histoire. L'aspect mélodramatique de Tout sur ma mère ne m'a pas rebuté, mais j'ai trouvé que la barque était un peu trop chargée sur le côté fictionnel des héroïnes du long-métrage. Je suis rapidement parvenu à la comprendre, mais je n'ai pas ressenti la souffrance qui pouvait être la leur, à des degrés divers et pour des raisons différentes. Petite frustration au final, donc, sans que je remette en cause le jeu des actrices ou même la réalisation. Il m'a manqué un peu d'émotion.

Tout sur ma mère
Film espagnol de Pedro Almodovar (1999)
Primé à Cannes, aux Césars et aux Oscars, le long-métrage reste l'un des plus appréciés de la filmographie de son auteur. Il faut admettre que l'univers du père de la Movida ne ressemble qu'à lui-même. Personnellement, je trouve juste que c'est plus net - et touchant - dans les deux films récents dont j'ai parlé ici même il y a juste quelques semaines: Volver et Étreintes brisées. À croire finalement que ce n'est qu'une question de maturité. Parce que je ne veux pas conclure aussi péremptoirement, je préfère vous donner rendez-vous le jour où, du même cinéaste, j'aurai vu les oeuvres de jeunesse...

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Et, en attendant ce jour sans doute encore lointain...
Je vous invite cordialement à lire - et relire - "L'oeil sur l'écran".

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