dimanche 22 juillet 2012

On dirait le Sud

Une chronique de Martin

Y-a-t-il des amateurs de Nino Ferrer dans la salle ? Oui ? Je suis vraiment désolé, les gars: le Sud dont je vais vous parler aujourd'hui n'est pas celui de la chanson. Encore qu'il faille bien dire qu'il sera question de musique, malgré tout. Non, le Sud, "mon" Sud, c'est celui des États-Unis. Je vous emmène vers le Mississippi. J'ai choisi d'évoquer ce qui reste comme l'un des tous premiers films des frères Coen qu'il m'a été donné de découvrir: O'brother. Une comédie décalée avec George Clooney, John Turturro, Holly Hunter, etc...

Vous me direz: avec les Coen, le décalage, c'est une véritable marque de fabrique. Pas faux. J'ajoute qu'ici, ils font référence à l’Odyssée d'Homère dans l'Amérique des années 30. Pauvres bougres plus idiots que méchants, Everett, Pete et Delmar s'échappent de prison. L'idée est qu'ils récupèrent un magot planqué quelque part et cheminent ensuite à travers les campagnes pour que le premier nommé puisse enfin retrouver sa femme et ses six filles. Et c'est donc l'occasion pour les frangins réalisateurs de nous promener dans les paysages majestueux du Mississippi profond. O'brother est d'abord un voyage. On sent presque les cahots de la route et la poussière des chemins. On croise aussi toutes sortes de personnages aux trognes burinées par le soleil ou lissées par une vie rangée. Les héros ne tiennent pas en place. Longue est la route, compliquée est la mission. La police aux trousses, il n'est pas question de traîner. Efficacité relative...

Ce qui a fait le succès du film, je crois, c'est aussi sa bande originale. Pour gagner - frauduleusement - un peu d'argent, Everett, Pete et Delmar s'improvisent chanteurs de blues. Avec un guitariste noir ramassé à un carrefour dans leur voiture volée, ils deviennent rapidement... les Culs trempés, s'offrant ainsi quelques jolis billets verts à bon compte, sur le dos d'un brave impresario aveugle et naïf. Le fait est que cet enregistrement artisanal aura une importance décisive sur la suite de leurs aventures. Autre constat d'évidence pour les oreilles, même profanes: O'brother baigne dans la musique country du Sud américain. Le son en prendrait presque un avantage sur l'image. Reste le talent des Coen pour composer des plans incroyablement beaux, de quoi pester un peu plus devant les écrans pub imposés par la diffusion télé ! Le cabotinage des comédiens, George Clooney en tête, fait le reste. Un bon petit film, je trouve.

O'brother
Film américain d'Ethan et Joel Coen (2000)
Je suis généreux avec mes quatre étoiles: avec une bande sonore plus ordinaire, la note serait sûrement un peu plus basse. S'il est fréquent d'évaluer chaque oeuvre des frangins en la comparant aussi avec toutes les autres, je n'ai pas envie de faire une analyse détaillée de ce genre. Pour moi, à ce jour, Fargo reste leur chef d'oeuvre inégalé. La rétrospective attendra encore que j'ai tout vu ! Notez que le film du jour me fait aussi penser à The Blues Brothers.

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Pour compléter mon propos...
Je vous renvoie vers "L'oeil sur l'écran", qui connaît bien les Coen.

1 commentaire:

Aurélien Badet a dit…

Ce film m'avait beaucoup plu :)
Une gentille fable avec un décor magnifique et une atmosphère épique.
Et quelle BO !