mercredi 8 juillet 2026

L'envers du rêve

C'était un hasard - un peu - calculé: le mois dernier, j'ai saisi l'occasion de voir coup sur coup deux grands classiques présentant le septième art sous un angle peu reluisant. Qu'ils soient sortis presque simultanément m'incite aujourd'hui à les réunir dans l'un de mes habituels diptyques. Cerise sur le gâteau à mes yeux: ils viennent chacun d'un pays différent.

Bellissima 
Film italien de Luchino Visconti / 1951
"Nous mettons des illusions dans la tête des mères et des jeunes filles. Nous prenons des gens dans la rue et nous avons tort". Je vous avoue que je n'attendais pas de tels propos de la bouche de Luchino Visconti. Le troisième film du maître italien s'écarte des canons du néoréalisme pour raconter l'histoire d'une femme convaincue que l'avenir de sa fille passera par les plateaux de cinéma. Ce qui est loin d'être une évidence !

Bellissima est l'oeuvre d'un homme bien ancré dans la quarantaine, issu d'une famille aristocratique et qui, hier résistant, assume sa proximité idéologique avec le Parti communiste italien. Dès lors, ce long-métrage pathétique témoigne - de belle façon - du profond délabrement social qu'affronte son pays, tout juste sorti des sombres années du fascisme. Figure du vrai renouveau du cinéma d'auteur, l'immense Anna Magnani entre sans trembler dans la peau de cette mère névrosée, infirmière soucieuse d'offrir à sa progéniture une vie bien différente de la sienne. Maintenant, y parviendra-t-elle ? À vous de voir le film pour le savoir. D'aucuns estiment que l'exubérante prestation de l'actrice principale peut dérouter, mais il se peut aussi qu'elle révèle le caractère passionné de certaines femmes des classes dites "populaires". Le maestro Visconti les regardait sans les juger, avec plutôt une forme d'empathie lucide. Venant de lui, c'est assez inattendu et oui, cela vaut dès lors le détour...

► À lire aussi : Strum et "L'oeil sur l'écran".

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Les ensorcelés (The bad and the beautiful)
Film américain de Vincente Minnelli / 1952
Je repense souvent à la présidente de mon association de cinéphiles enthousiastes, à Nice, qui ne voyait rien à sauver dans tout le cinéma hollywoodien. Josiane, si tu me lis, désolé: je suis d'un avis contraire. Et, parmi les chefs d'oeuvre venus des States, je suis même heureux d'évoquer celui-là, qu'on m'avait conseillé depuis une dizaine d'années. En tête d'affiche, Lana Turner et Kirk Douglas seront in-con-tour-nables !

Cet opus détient je crois un curieux record: celui du plus grand nombre d'Oscars obtenus (cinq) sans avoir été nommé pour ceux du meilleur film et de la meilleure réalisation. Il n'en est pas moins une référence intéressante pour tout cinéphile assidu, portée par une mise en scène admirable - comme elles le sont le plus souvent chez Vincente Minnelli. Avec Les ensorcelés, le roi de la comédie musicale nous fait un cadeau tout à fait mémorable en nous proposant presque... trois films en un ! Kirk Douglas incarne un certain Jonathan Shields, producteur influent. Son ambition ? Réunir un réalisateur, un auteur-scénariste et l'actrice dont il a fait une star pour mieux rebondir après un échec retentissant. Le problème, c'est qu'ils ont chacun une très bonne raison de le haïr. D'où un portrait au vitriol du milieu du cinéma, abordé par sa seule face industrielle, à l'opposé de ce qu'on appelait alors "la machine à rêves". Loin de briser le mythe, le film y contribue, à sa remarquable manière. Je ne suis pas étonné qu'en 2002, la Bibliothèque du Congrès américain ait décidé de l'intégrer à la collection du fameux National Film Registry.

À lire aussi : Sentinelle, Princécranoir, Strum, "L'oeil sur l'écran"...
... et une rapide mention chez Vincent, ainsi qu'une autre chez Eeguab.

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Ai-je tout dit ? Peut-être pas...

Comme d'habitude, je vous laisse d'apporter vos propres commentaires. Et je n'ai sûrement pas fini d'évoquer ce cinéma qui parle... du cinéma !

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