mercredi 4 octobre 2017

Derniers chemins

Vous le connaissez sûrement: un proverbe affirme que les voyages forment la jeunesse. J'ignore si son équivalent existe dans la langue brésilienne, mais l'adage illustre parfaitement le propos d'un beau film apparu récemment sur les écrans de France: Gabriel et la montagne. Un long-métrage brésilien, donc, mais qui nous emmène en Afrique...

Pour que vous compreniez, il faut d'abord que je vous dise deux mots sur le vrai Gabriel Buchmann. Admis dans une prestigieuse université américaine, ce jeune Brésilien s'était décidé, en 2008 ou 2009, à faire d'abord un tour du monde pour observer la pauvreté du plus près possible. Passé en Asie et notamment en Inde, il était déjà parti depuis dix mois et avait presque terminé son périple quand son corps sans vie fut retrouvé sur les flancs du Sapitwa, une haute montagne du Malawi. Au mépris du danger et bien que prévenu par son guide des risques encourus, il avait essayé d'en atteindre le sommet, seul. Rassurez-vous, je n'ai rien trahi ! Je n'ai parlé que du début du film...

Après cinq minutes d'une belle introduction, Gabriel et la montagne n'est au fond qu'un flashback sur les derniers jours d'un homme déterminé. On le découvre d'abord bien intégré au sein d'une famille kényane, désireux de se fondre parmi les Maasaï. Un peu "extrême" peut-être compte tenu de son intensité, cette volonté rend Gabriel sympathique, malgré tout, a fortiori quand, tout sourire, il prend acte des grosses différences culturelles qui existent entre ses hôtes et lui. Pour schématiser, j'ai presque envie de dire que, sur le continent noir, il est alors un digne ambassadeur des Blancs. Le long-métrage tiendra toujours à nous le présenter ainsi, à la fois humble et fasciné.

Cela étant, le scénario connaîtra ici et là quelques petites inflexions. Pas question de tout vous raconter, mais vous le constaterez sûrement: programmées à l'avance, les retrouvailles du personnage avec sa petite amie brésilienne, venue passer quelques jours avec lui pour des vacances, jetteront un léger voile sur sa philanthropie supposée. Deux ou trois scènes un peu tendues dévoileront un pan ambigu de sa démarche: lui qui se faisait fort de ne surtout pas agir comme un vulgaire touriste aura pourtant une attitude d'enfant gâté quand il affrontera des déceptions et d'autres imprévus frustrants. Bon... Gabriel et la montagne n'est pas néo-colonialiste pour autant !

Contrairement à ce que j'ai pu lire dans une critique, je crois même que le réalisateur est sincère quand il dit qu'il a accompli ce travail pour rendre hommage à un vieil ami trop tôt disparu. J'ai été sensible au fait que, ce faisant, il nous offre des images d'Afrique rarissimes dans le cinéma "occidental", du Kenya au Malawi, donc, en passant aussi par la Tanzanie et la Zambie. Autre caractéristique remarquable de cet épatant long-métrage: la plupart des acteurs... n'en sont pas. À l'écran et en voix off, on découvre ainsi les hommes et les femmes que Gabriel Buchmann a côtoyés et que la production a retrouvés ! Les images qui défilent sous nos yeux n'en sont que plus touchantes...

Gabriel et la montagne
Film brésilien de Fellipe Barbosa (2017)
Pour info, le film est arrivé jusqu'en France en étant diffusé d'abord lors de la Semaine de la critique du dernier Festival de Cannes. Beaucoup l'ont comparé à Into the wild. Hum... je nuance en relevant que Gabriel n'a pas l'intention de se couper du monde. Au contraire ! Reste qu'il fait effectivement une sacrée rencontre avec la nature. Envie d'une expédition qui finit bien ? Tracks devrait vous convenir...

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Une précision...

Je trouve que les photos ne rendent pas compte de la beauté du film.

Et pour un autre regard sur cette "aventure"...
Je vous conseille d'aller lire aussi les chroniques de Pascale et Strum.

4 commentaires:

  1. Merci pour le lien Martin. J'ai moi aussi beaucoup aimé ce film attachant.

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  2. Avec plaisir, Strum. Voilà typiquement le genre de films que j'aimerais voir plus souvent !
    C'est dommage que nos frontières artistiques ne soient pas plus ouvertes au cinéma venu d'ailleurs.

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  3. J'ai aimé ce film (comme tous ceux qui l'ont vu) sans restriction (en ce qui me concerne).

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  4. Pour l'heure, il fait incontestablement partie des tous meilleurs que j'ai pu voir cette année.

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