vendredi 9 avril 2021

Une histoire de chiffres ?

"Si c'est vraiment un si mauvais film, tu devrais alors te demander pourquoi autant de gens sont allés le voir !": toute personne qui aime échanger sur le cinéma a un jour ou l'autre entendu cet argument pseudo-définitif. Moi ? Je ne suis pas un grand suiveur du box-office. N'empêche: j'y jette un oeil parfois... dans une dimension historique !

Qu'est-ce qui pouvait attirer les gens dans les salles de cinéma hier ? Quel type de films les motive à présent ? Sans même vouloir revenir sur les effets de la crise sanitaire, je m'intéresse très objectivement à la manière dont les divers longs-métrages ont été "fréquentés" avant de débarquer sur nos petits écrans quotidiens. J'ai constaté qu'après trois années d'existence, le César du public - offert au film français à l'audience la plus large - n'a pas été décerné cette année. J'y vois un snobisme inconsidéré. Un rejet du public par l'institution...

OK, c'est vrai: Raid dingue, César du public 2018, ne m'attire guère. Les Tuche 3, consacré en 2019, pas davantage. Dans le système d'avant la pandémie, leurs succès auront au moins permis de financer d'autres films plus confidentiels (je n'aime pas tellement ce mot...). En 2020, l'Académie des César avait déjà changé la règle: on a voté pour désigner le lauréat du César parmi les cinq plus gros scores. C'est Les Misérables - 3ème sur la ligne de départ - qui a été élu. Tiens, tiens ! Il a doublé avec le César du meilleur film "tout court" ! Drôle de consensus, vous ne trouvez pas ? Le fruit d'étranges calculs. Cela rappelle la vaine opposition cinéma populaire / cinéma élitiste...

Tiens ! Voici la liste des cinq plus gros triomphes du cinéma français en France depuis que Mille et une bobines existe. J'en ai vu... quatre.
1. Bienvenue chez les Ch'tis (2008) : 20,4 millions d'entrées,
2. Intouchables (2011) : 19,4 millions,
3. Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ? (2014) : 12,3 millions,
4. Rien à déclarer (2011) : 8,1 millions,
5. La famille Bélier (2014) : 7,4 millions.

Est-ce qu'il faut les bouder parce qu'ils cartonnent ? Je ne pense pas...

Je n'ai pas encore franchi le pas, mais il n'est pas exclu qu'un jour prochain, je dote ce cher blog d'une rubrique consacrée au box-office. Comme je le disais au début, c'est au moins à mes yeux un indicateur historique du goût des gens à une époque donnée. Il peut se combiner avec beaucoup d'autres, bien sûr, et dès lors donner matière à débat. J'ai mis une photo de Titanic car, à ce jour, c'est encore ce beau film sorti en 1998 qui domine le classement français "de tous les temps" avec ses 20.634.793 entrées. Je relève que l'Amérique triomphante place ici quatre autres de ses représentants dans le top 10: Avatar pointe à la sixième place, devant Autant en emporte le vent (7ème), Les dix commandements (9ème) et Ben-Hur (10ème), des classiques qui ont certes peu - ou pas - dû subir la concurrence télé et Internet. Je le dis sans aucune nostalgie, car j'aime presque tous les cinémas. Et j'ai même déjà décidé de continuer à vous en parler ! Dès demain !

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Pour autant, la discussion sur le sujet n'est pas close...

Je me propose de la poursuivre avec vous en section "commentaires".

8 commentaires:

  1. Un autre élément intéressant, me semble t-il, et qui n'est pas souvent évoqué, je veux parler de la longévité d'un film ...A ma connaissance « Emmanuelle » détient toujours le record d'exploitation puisque le film de Just jeackin est resté à l’affiche 11 ans de suite dans le même cinéma des champs Élysées, il faut dire que le film interdit dans certains pays européens drainait des bus entiers de touristes «  cinéphiles ».....

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  2. 'Emmanuelle', en haut à droite en remontant l'avenue, j'ai toujours cette vision de l'affiche et de l'endroit en tête. :-)

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  3. Cette "histoire" de prix du public non attribué ne me gêne pas et je crois en avoir déjà parlé ici. J'imagine que le fait que les cinémas aient été fermés 6 mois en 2020 rendait l'exercice difficile voire injuste. Pour 2021, ce sera le même problème puisqu'on n'a pu voir aucun film en salle depuis... bref; c'est LONG.
    Je ne me fie jamais (je crois) au box-office.
    Je n'ai vu aucun Tuche, aucun Qu'Est-ce qu'on a fait ou refait... J'avais vu Les misérables en avant première à un festival... Bref, les chiffres ne m'intéressent guère je dois le dire même si je déplore que certaines merveilles restent confidentielles.
    J'ai l'impression quand même que ce qui attire le "grand" public, ce sont les "grosses" comédies.
    J'en ai vu 4 de ta liste des Bobines. Et mon préféré est Bienvenue chez les Ch'ti... mais je suppose que c'est parce que je suis originaire de la région. Je ne pense pas que Bienvenue chez les marseillais m'auraient fait le même effet. Chut, mais je n'aime pas les accents sudistes. Je suis yankee...

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  4. Hello Martin. Vaste débat, vieux comme le cinéma. Je me souviens entre autres du tollé lors du succès de L'As des as vis à vis du film de Demy Une chambre en ville. Un hebdo télé bien connu avait publié une lettre collective de critiques sur la force de frappe du budget com. de L'As des as. Belmondo avait répondu qu'on n'avait forcé personne. Jacques Demy n'y était pour rien.

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  5. @CC Rider:

    Ah oui, vous avez bien fait de le préciser ! Il est possible que j'en reparle un jour prochain. Ne serait-ce que parce que c'est le top numéro 1 de mon année de naissance, du coup.

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  6. @Ronnie:

    Je me demande à quoi tient ce souvenir.
    Tu te passionnes pour le rotin ? Coquin, va !

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  7. @Pascale:

    Moi non plus, je ne fais pas un incontournable du César du public. Mais comme le petit monde du cinéma est parfois accusé d'un certain élitisme parisien, disons que ça ouvrait un peu la cérémonie à des films moins "pointus", sans tomber dans la vulgarité crasse. Bref...

    Pour ce qui est de "Bienvenue chez les Ch'tis", je crois savoir que les droits avaient été vendus aux États-Unis, mais ont finalement été repris par Dany Boon. J'ai vu (et chroniqué) une version italienne: "Benvenuti al sud" (qui inverse donc le complexe géographique). C'est un copier-coller assez amusant à observer quand on connaît l'original franchouillard.

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  8. @Eeguab:

    Merci pour cette anecdote. Je n'ai pas encore vu "Une chambre en ville", mais je veux croire que ces deux types de cinéma peuvent encore cohabiter. Pourront encore, en fait...

    "L'as des as", je m'en souviens effectivement comme un film qui avait beaucoup fait parler de lui. Je ne crois pas l'avoir vu en salle à l'époque, mais je me rappelle vaguement en avoir entendu parler (en bien) par ma oncle et ma tante, qui avaient respectivement 20 et 23 ans à l'époque. 1982... c'est aussi l'année de sortie de "E.T." et "Blade runner", du côté des blockbusters américains !

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