vendredi 28 avril 2023

Derrière la couronne

Richard III, vous connaissez ? Vers 1591-1592, le grand Shakespeare écrivit une pièce sur ce roi d'Angleterre, dont le règne tourmenté n'aura duré qu'à peine plus de deux ans, de juin 1483 à août 1485. Beaucoup l'ont considéré comme un usurpateur: il a succédé au fils aîné de son frère, enfant disparu dans de mystérieuses circonstances.

Aujourd'hui, et par décision de feue la reine Elizabeth II, la couronne britannique a admis que Richard III n'était pas le félon et l'oncle infanticide qui a longtemps prévalu dans l'imaginaire collectif anglais. Cette histoire, un film l'évoque aujourd'hui: The lost king l'aborde lorsqu'une historienne amateure, Philippa Langley, s'empare du sujet en vue de réhabiliter le monarque honni. On comprendra assez vite qu'en revenant sur cette histoire vraie, le film veut dresser le portrait sensible d'une femme fragile, arcboutée sur ses convictions profondes et en lutte contre deux fléaux: la maladie et les préjugés qui pèsent sur elle. Sally Hawkins, épatante, lui prête ses traits et, dès le début ou presque, convainc de la grande combativité de ce "personnage". Tout au plus le cinéma en aura-t-il - un peu - ajouté à ses malheurs...

L'idée de montrer comment une femme humble a su se redresser grâce à ses intuitions et en prenant la défense de l'image d'un homme de pouvoir mort depuis des siècles... cette idée-là est bonne, oui. Puisque le film contient une grande part de faits dits "réels", je dirais simplement que cette histoire méritait assurément d'être racontée. Moi qui n'ai aucun penchant pour la monarchie, j'ai vraiment apprécié de la suivre, d'autant que le scénario n'est pas si manichéen que cela. Mieux: il intègre des dialogues impossibles, qui peuvent servir de fil conducteur au déroulé de l'intrigue - et je vais vous laisser en juger. Plus moderne qu'il n'y paraît, The lost king nous parle aussi du poids écrasant de certaines institutions et du difficile combat pour la vérité qu'imposent parfois nos sociétés ultra-connectées. C'est passionnant ! Les deux heures du métrage passent vite, sans ennui ni temps mort. Pas d'invention formelle à signaler, mais une belle bande originale signée du Français Alexandre Desplat - sa dixième depuis 2020, déjà. Faut-il parler de cinéma populaire ? Je pense. Au sens noble du terme.

The lost king
Film britannique de Stephen Frears (2022)

Anecdote: le réalisateur est né (en 1941) à Leicester, la ville anglaise où les ossements du roi Richard III ont finalement pu être retrouvés. J'ignore son lien à la monarchie, mais j'avais aimé son The queen. Tout comme, plus tard, j'avais plutôt apprécié Le discours d'un roi. Il n'y a que les British pour parler ainsi de leur(s) famille(s) royale(s) tout en témoignant d'une certaine fibre sociale et humaniste. Bravos !

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D'autres ralliés à la cause de Richard III ?

Je ne sais pas, mais il est clair toutefois que Pascale a aimé le film.

2 commentaires:

  1. Ah oui j'ai aimé ! Cette enquête ludique est passionannte. Les personnages sont bien campés. Sally est délicieuse. J'adore Steve Cogan et le roi est craquant.
    William ne devrait pas être fier de lui.

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  2. En même temps, c'était une autre époque et les moyens d'information moderne étaient plus que limités. Sans oublier que Shakespeare était aussi soutenu par une reine...

    Je suis un peu poursuivi par William, ces jours-ci, après avoir eu la chance de voir une version rigolarde (mais émouvante quand même) de "Roméo et Juliette" et un très noir concentré de "Othello" au théâtre. Cela me donne envie d'autres classiques du cinéma. Sans oublier mes quelques références déjà acquises.

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