samedi 28 mai 2022

Fraulein

Je n'ai pas fini de mesurer l'ampleur de ce que les Européens exilés pour échapper au nazisme ont apporté aux États-Unis. J'y repensais l'autre soir devant un film de Billy Wilder: La scandaleuse de Berlin. Notre machine à remonter le temps s'arrête en 1948 dans les ruines de l'ex-capitale du Reich. Un drôle de cadre pour une comédie légère !

La magie Wilder opère presque aussitôt: un an à peine après la mort de son maître Ernst Lubitsch, le cinéaste nous rappelle que la finesse comique peut être un formidable carburant pour des films marquants. L'histoire retient qu'il était revenu en Europe à la recherche des siens pour découvrir que sa famille avait péri dans les camps. Son voyage et son travail sur place l'auront incité à faire passer des messages dans un film le plus souvent amusant. Il imagine une parlementaire américaine débarquée en Allemagne quelques années après la guerre pour enquêter sur le moral supposé bas des G.I. encore mobilisés. L'occasion pour elle de constater qu'au contraire, les soldats rescapés mènent la grande vie... et d'enquêter sur un officier qui fricoterait avec une chanteuse de cabaret, l'ancienne muse d'un proche de Hitler.

Marlene Dietrich fait des merveilles dans ce pur rôle de composition et, dans le costume étriqué de Miss Puritanisme USA, Jean Arthur s'avère joliment convaincante, elle aussi. Entre les deux, le capitaine ambigu qu'incarne John Lund est attachant de duplicité. Je sais bien que cela peut paraître paradoxal: c'est la nature même du scénario. Ce bon vieux Billy considérait lui-même La scandaleuse de Berlin comme l'un de ses films les plus réussis. Il n'a pas pris une ride. Parfois, quand le ton est sérieux, il prend presque l'allure d'un opus néoréaliste italien et, malgré tout, ce mélange des genres fonctionne parfaitement - d'où le terme de "magie" que j'ai employé plus haut. Hollywood a eu de la chance de pouvoir compter sur ces artistes audacieux et habiles à détourner les codes. Je ne m'en suis pas lassé !

La scandaleuse de Berlin
Film américain de Billy Wilder (1948)

Ouais... je redouterais presque le moment où j'aurai vu tous les films du réalisateur. Heureusement, ce n'est pas pour tout de suite ! Idéalement, je vous conseillerai de voir celui-là avec un plus ancien dont Billy Wilder avait coécrit le scénario: l'excellent Ninotchka. Berlin vous attire ? Sur un tout autre ton, Les ailes du désir s'impose comme un classique, avec Cabaret en plan B. Liste non-exhaustive...

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En attendant d'autres découvertes...

Je voudrais vous encourager à aller lire la (belle) chronique de Strum.

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