dimanche 27 février 2022

Une si longue route

Où diable trouver la lumière la plus réconfortante ? Dans la flamme éphémère d'une dernière allumette ? L'éclat plus constant d'une lampe posée sur le chevet d'un enfant ? Et finalement, lequel de ces objets dégage-t-il le plus de chaleur ? Les réponses à ces questions cruciales résumeraient L'épouvantail, film-phare du Festival de Cannes 1973...

Cette année-là, Ingrid Bergman préside le jury, première personnalité suédoise à occuper ces fonctions (il n'y en a pas eu d'autres depuis). La dernière Palme d'or a été remise en 1963, la suivante ne le sera qu'en 1975, mais, le 25 mai, la Croisette peut applaudir deux lauréats ex-aequo, récompensés l'un et l'autre d'un "Grand Prix international". L'épouvantail fait donc partie des heureux élus et, autour d'un duo formé par les superbes Gene Hackman et Al Pacino, nous présente l'errance de deux vagabonds sur une (vaste) partie du territoire US. Max Millam et Francis Lionel Delbuchi se rencontrent par hasard lorsqu'en quasi-antagonistes, ils font du stop sur le bord d'une route californienne peu fréquentée. Le premier vient juste d'en terminer avec une longue peine de prison. Après avoir récupéré ses économies dans une banque de Pittsburgh, il s'imagine couler des jours heureux comme proprio d'un car wash. Son compère, lui, sort de missions maritimes à peine plus brèves et espère renouer avec son ex, mère d'un gosse qu'il n'a jamais rencontré - et dont il ignore même le sexe !

Aucun doute: nous sommes bel et bien dans l'Amérique des déclassés. D'autres vous expliqueront mieux que moi à quel point cette oeuvre synthétise idéalement certaines des tendances et lignes esthétiques de ce que l'on a pu regrouper sous l'appellation "Nouvel Hollywood". Sublimé par son cadre naturel et une photo du grand Vilmos Zsigmond qui semble le magnifier encore, l'opus est une merveille esthétique sur laquelle le temps n'a eu qu'assez peu de prise. J'ai pu lire ici et là que ces images paraissaient hors d'âge aujourd'hui: cette remarque visiblement dépréciative m'apparaît infondée - si ce n'est injuste. Chacun ses goûts, évidemment, mais l'alternance de plans extérieurs captés à la lumière naturelle et d'autres passages aux couleurs vives saturées offre à mes yeux un tableau vivant très agréable à regarder. L'épouvantail porterait-il mal son nom ? Je vous laisse le découvrir avec l'étonnante explication que le long-métrage donne à ce titre incongru - qui est la respectueuse traduction du Scarecrow originel. Moins réputé que d'autres "palmés", le film m'a fait forte impression !

L'épouvantail

Film américain de Jerry Schatzberg (1973)
La scène d'ouverture donne le ton: qui s'attachera aux protagonistes dès les premières images devrait ensuite se plaire à les suivre jusqu'au bout de leurs pérégrinations. Ce tandem pas-si-mal-assorti en rappelle d'autres et par exemple celui de Macadam cowboy (1969). J'ai aussi repensé à La dernière séance, dans une moindre mesure. Et, plus tard, aux Américains pauvres du Nomadland de Chloé Zhao...

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Les avis paraissent assez contrastés...
Pour un (léger) contrepoint, je vous suggère de lire "L'oeil sur l'écran". MAJ tardive (7 septembre 2023, 0h40): je relaye un texte de Vincent !

2 commentaires:

  1. Oh, un des chefs-d'oeuvre du cinéma américains des années 1970, et un film dont on ne parle pas assez, je suis bien d'accord avec toi. Pacino et Hackman sont prodigieux. Je n'ai pas vu le film depuis des lustres mais il m'avait fait forte impression.

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  2. Content de voir que tu partages mon avis ! Hackman et Pacino sont effectivement excellents !
    Tu sais quoi ? Je lirais volontiers une chronique du film chez toi. Il devient l'une de mes "Palmes" préférées.

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