mercredi 2 septembre 2020

Son âme au diable

Il est toujours un peu déroutant d'imaginer que de nombreux films continuaient d'être tournés à Hollywood pendant la Seconde guerre mondiale. Le ciel peut attendre a même bénéficié du Technicolor ! Autant dire que la machine à rêves tourne ici à plein régime: le film constitue un bonbon pour les cinéphiles, un plaisir des plus raffinés...

Avant de retrouver le si doux visage de Gene Tierney, la caméra oriente prioritairement notre regard vers le premier personnage masculin: un dénommé Henry van Cleve (incarné par Don Ameche). Emporté par le sommeil, notre homme a compris qu'il était mort quand il a entendu ses proches parler de lui en termes élogieux. Lucide sur ses maintes frasques passées, il se présente directement auprès du Diable pour obtenir l'autorisation de passer sa vie éternelle aux enfers. Seulement voilà: Satan n'a pas encore eu le temps de lire son dossier et lui demande donc les détails de ce parcours chaotique. Et nous voilà partis pour toute une série de flashbacks explicatifs ! Nous y découvrirons les détails d'une vie instable, que notre repenti tardif aura passé à aimer les femmes, bien incapable de se contenter des joies de son mariage avec Martha, la plus jolie d'entre toutes. Présenté ainsi, vous pourriez vite croire que Le ciel peut attendre dresse le portrait d'un sale type. Or, c'est tout d'abord une comédie piquante sur l'inanité des conventions sociales les plus rigides. Sexy...

Ce qui s’avère très intéressant, c'est en réalité que l'intrigue du film couvre plusieurs décennies et que, petit à petit, son humour (subtil) cède la place à la mélancolie. Dès lors, pas question de s'esclaffer ! Celles et ceux d'entre vous qui pensaient voir une simple comédie potache en seront donc pour leurs frais. Voilà bien un long-métrage ambitieux, à mille lieues de ce que son époque aurait pu imposer ! Près de huit décennies plus tard, il est bien évident que les moeurs ont évolué et que certaines audaces du scénario peuvent sembler gentillettes. N'empêche: dans ce qu'il peut dire de notre libre arbitre et des conséquences de nos choix de vie, Le ciel peut attendre apparaît encore d'une grande modernité (malgré un aspect "vieillot"). Ce n'est que sur le plan formel que les plus modernistes d'entre nous trouveront peut-être à redire, tant les longs dialogues et les scènes statiques trahissent les origines théâtrales de cet agréable spectacle. Pour ma part, cela ne pose aucun problème... et au contraire, même. Avec ses couleurs vintage, ce film est en fait un délice in-tem-po-rel !

Le ciel peut attendre
Film américain d'Ernst Lubitsch (1943)

Le cinquième long-métrage du maître américain d'origine allemande cité sur les Bobines: c'est un plaisir indiscutable, même si mon coeur tendre fait encore de Rendez-vous ma vraie (p)référence numéro 1. Ai-je besoin de répéter qu'Ernst Lubitsch était aussi le père spirituel de Billy Wilder ? Autant vous renvoyer à mon index des réalisateurs ! Et disons vers Sabrina et Certains l'aiment chaud - pour démarrer...

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Une précision...

Attention à ne pas confondre ce film avec son homonyme de 1978. Avec et de Warren Beatty, cet autre long-métrage raconte l'histoire d'un joueur de baseball mort et renvoyé sur Terre. Je ne l'ai pas vu...

Pour y voir clair...
Vous pouvez retrouver "mon" film d'aujourd'hui grâce à Strum et Lui.

8 commentaires:

  1. Un incontournable en effet et qui nous permet d'apprécier une fois plus la prestation de Laird Cregar "son excellence" qui au cours de sa bréve carriére ,( il ne tourna que 16 films en meme pas 10 ans avant de décéder d'une crise cardiaque à 31 ans),marqua de sa silhouette si particuliére des classiques du cinéma des années 40, comme "Arenes sanglantes", "Le cygne noir" ou "Hangover square"....

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  2. Je viens de me rendre compte que je n'ai pas fait ce film sur mon blog alors que c'est un grand classique que j'adore !
    Ce qui m'a beaucoup amusée dans le film, c'est que la progéniture de ce couple (au combien attachant) est le digne reflet de son père ainsi que les arguments évoqués (à la fin) justifiant une place "plus haute"...

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  3. Si le film est "in-tem-po-rel" alors il ne peut pas être en même temps "vieillot". On en a déjà parlé, les classiques ne sont pas "vieux. :) cc rider a cité Laird Cregar. Moi, c'est Eugene Palette que j'adore dans le genre second rôle inoubliable. Merci pour le lien, Martin !

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  4. @CC Rider:

    Je n'arrive pas (encore ?) à retenir le nom de tous les acteurs de cette époque, mais je confirme que Laird Cregar est excellent dans le cas présent. Je ne suis pas sûr d'avoir déjà vu un autre de ses films. Merci à vous de l'avoir mis en avant avec quelques autres références de sa courte carrière !

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  5. @Ideyvonne:

    Tu sais ce qu'il te reste à faire !
    Moi, j'ai bien aimé la variation du temps au gré du temps qui passe.

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  6. @Strum:

    Moi, tu sais, je ne suis plus trop à une contradiction près...

    Par humour, je tiens à souligner que j'ai parlé d'un "aspect" vieillot et pas d'un "film" vieillot. Non mais ! Blague à part, quitte à ne pas te convaincre, j'insiste un peu pour dire qu'à mon sens, de tels décors, costumes et atmosphères générales ont largement disparu de l'esthétique cinéma aujourd'hui. Et je précise 1) que cela ne me dérange pas de les revoir en remontant le fil de la cinéphilie et 2) qu'il y a peut-être, en 2020 comme en 1943, des exceptions dont j'ignore tout.

    Pas d'quoi pour le lien et merci d'ajouter Eugene Palette à la liste des seconds rôles à surveiller !

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  7. Je crois que c'est Wilder qui avait une affiche dans son bureau : comment Lubitsch aurait fait ?
    Tu as raison ce film est une sucrerie et MA Gene, la plus belle.

    J'avais beaucoup aimé le Warren Beatty a sa sortie. Je lai revu. Il a mal vieili mais il y a de jolis moments.

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  8. Il me semble que tu as raison pour l'affiche de Wilder.
    Une sucrerie mélancolique, oui, qui n'a rien d'un tire-larmes.

    Je note pour le Warren Beatty. Un jour, peut-être...

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