dimanche 19 avril 2020

Un plat mangé froid

Mort ou vif tient un peu du jeu vidéo sans manette. Ce western tardif déploie plusieurs personnages "typés": une femme au flingue facile côtoie un gamin vantard, un maire et quasi-chef maffieux, un Indien parlant de lui à la troisième personne, un taulard en fuite au visage barré d'une cicatrice, un faux révérend... une esthétique geek à 99% !

Co-productrice du film, Sharon Stone a le beau rôle: le début du récit la voit débarquer à Redemption, l'une de ces petites villes de l'Ouest plantées au coeur des grands espaces. Pas le temps de gamberger véritablement: on comprend bien vite qu'elle a des comptes à régler avec l'homme qui, sous prétexte de maintenir l'ordre, a mis les lieux sous son commandement exclusif. On voit aussi qu'elle a peur de lui ! Mort ou vif détaillera très explicitement les tenants et aboutissants de ce qui n'est jamais qu'une énième histoire de vengeance. L'intérêt du scénario est très discutable, mais on en revient à cette idée d'imagerie vidéoludique dont je parlais en introduction. Le méchant se croit très fort, mais, curieusement, il a accepté que son autorité soit contestée au cours d'un tournoi de duels au pistolet ! La fin s'avère ultra-prévisible, mais le spectacle a, lui, assez pour séduire. Évidemment, il vaut mieux aimer les westerns en version "décalée"...

Derrière la caméra, c'est certain: Sam Raimi a de bonnes références. Ses images sont un peu trop léchées, mais c'est en réalité cohérent avec l'ensemble de sa démarche de relecture des grands classiques. Bonheur: il s'appuie sur un casting idéal. J'ai ainsi pris un grand plaisir à retrouver Gene Hackman, Russell Crowe dans son tout premier rôle américain et Leonardo DiCaprio, encore jeunot, mais déjà excellent. Petite anecdote sur ce dernier: il a hésité à accepter son rôle de Kid jusqu'à la veille du jour fixé pour donner sa décision ! Sharon Stone était prête à prendre en charge la moitié de son salaire et a déclaré par la suite: "J’aurais porté ce garçon sur mon dos jusqu'au plateau s’il avait fallu ! Je savais qu’il deviendrait l’un des meilleurs acteurs de ces dernières décennies. Son talent est hors du commun." Bingo ! Sans lui, Mort ou vif n'aurait sûrement pas tout à fait la même allure. Le film n'est pas parfait, loin de là, mais j'ai du mal à comprendre pourquoi il n'a pas réellement fonctionné à l'époque où il est sorti. C'est peut-être bien juste parce que le western était passé de mode...

Mort ou vif
Film américain de Sam Raimi (1995)

Ah, le long-métrage a aussi profité de fonds de production japonais ! Cela n'en fait pas un incontournable, mais je crois qu'il pourra amuser certain(e)s d'entre vous pour un plan "vide-neurones-plateau-télé". Compte tenu de l'imagerie, j'ose une comparaison avec les westerns du sieur Quentin Tarantino - Django unchained et Les 8 salopards. Avantage à Sam Raimi pour son antériorité et sa (relative) retenue...

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Je ne suis pas le seul à me souvenir du film...

Vous pourrez ainsi le retrouver également sur le blog de l'ami Laurent.

6 commentaires:

  1. Si l'on survole son histoire , le rôle principal d'un western tenu par une femme n'est pas si fréquent. Hélas Sharon n'a pas le charisme , ni la présence d'une Barbara Stanwyck, d'une Marlène Dietrich ou d'une Joan Crawford.... et comme Sam Raimi , n'a pas les capacités d'un Samuel Fuller, d'un Fritz Lang ou d'un Nicholas Ray ," Mort ou vif " se regarde quand même,.... mais en rêvant d'un Sergio Leone.

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  2. Année compliquée pour moi 1995. Du coup j'ai raté ce film et n'ai jamais eu l'occasion de rattraper cette lacune.
    Et oui. Malgré Mon Russel, MON Leo et Sharon que j'aime beaucoup.

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  3. @CC Rider:

    Effectivement, face à un Sergio Leone ou autres, ce film fait pale figure.
    J'en profite pour ajouter Claudia Cardinale à votre liste des femmes de westerns.

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  4. @Pascale:

    J'espère que tu finiras par le rattraper, un quart de siècle plus tard.
    Leo est plus blondinet que jamais, Russell très correct et Sharon plutôt cool.

    Gene, dans la peau du grand méchant, est presque aussi bien que dans "Impitoyable".
    Le film est moins bon, mais si avec ça, tu ne finis pas par le voir, je suis à court d'arguments.

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  5. Ah mais j'ai TRÈS envie de le voir.

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  6. Je te souhaite de mettre la main dessus.

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