vendredi 15 mars 2019

Après le drame

Mikio Naruse est mort en juillet 1969, quelques semaines seulement avant son 64ème anniversaire. Au cours d'une carrière de cinéaste débutée en 1930, le Japonais a signé 89 films, dont 23 muets ! Certains ont disparu aujourd'hui. J'ai abordé cette filmographie XXL par la fin, avec une copie (restaurée) du dernier opus: Nuages épars.

C'est une nouvelle fois à mon association - et à son président fondateur - que je dois cette chance. Le fait est que j'avais découvert beaucoup plus de films nippons en 2017 qu'en 2018: l'opportunité d'améliorer mon "score" cette année ne pourra donc être négligée. Cela dit, je suis allé voir Nuages épars sans information particulière sur ce qu'il pouvait raconter. Pour info, c'est un grand mélodrame. Yumiko, une jolie jeune femme, s'apprête à partir vivre à Washington avec son mari fonctionnaire. Finalement, un drame survient: l'époux est tué dans un accident de la route. Yumiko doit réapprendre à vivre seule et faire son deuil sans le moindre soutien, ses beaux-parents allant même jusqu'à lui interdire de porter le nom de leur fils décédé. Quant au reste de la famille, il se comporte de manière aussi indigne avec la pauvre veuve ! Le seul espoir qui demeure pour Yumiko repose sur l'homme qui a causé son malheur, qu'un juge a déclaré non-coupable, mais qui tient malgré tout à venir en aide à la victime. Au point de se rapprocher d'elle ? Je laisse la question sans réponse...

Comme souvent dans le cinéma japonais, j'ai trouvé ce long-métrage d'une remarquable délicatesse. J'ai été favorablement impressionné par l'évolution de l'intrigue: en fait, ce qui ressemble de prime abord à un très touchant portrait de femme va doucement se transformer en autre chose, pour parler finalement d'un duo. Dans le rôle principal, Yoko Tsukasa est exemplaire de justesse, mais je dois dire que son partenaire masculin - le beau Yuzo Kayama - le lui rend bien. Concentré sur le jeu des acteurs, on oublierait presque les qualités formelles du long-métrage... et notamment sa magnifique photo. Toute en teintes pastel, elle renforce l'impression de grande douceur qui flotte sur Nuages épars et vient renforcer sa dimension tragique. Tout est calme en apparence et les sentiments, tels qu'ils s'expriment malgré tout, n'en sont que plus beaux. Je m'y trouve très sensible. Évidemment, plus d'un demi-siècle plus tard, les moeurs ont évolué vers moins de retenue, mais au fond, cela n'enlève rien aux émotions ressenties devant cette histoire simple (et très universelle, je pense).

Nuages épars
Film japonais de Mikio Naruse (1967)

Bon... ce cinéaste ne vient pas (encore ?) remplacer Akira Kurosawa et Yasujiro Ozu au sommet de mes réalisateurs japonais classiques préférés. Il aura cependant été une très belle découverte, ma foi ! Pour en faire d'autres, si ce n'est pas déjà le cas, je vous conseille d'autres films axés sur le personnage féminin, tels Printemps tardif ou Je ne regrette rien de ma jeunesse. Et j'y reviendrai sûrement...

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Attention à ne pas confondre...

Mikio Naruse est également le réalisateur de Nuages flottants (1955) et Nuages d'été (1958). On m'a chaudement recommandé le premier !

Et maintenant, si vous le voulez bien...
Je vous encourage à faire un petit tour sur le blog de l'amie Dasola

8 commentaires:

  1. Ah comme j'aimerais le voir. Je me souviens de l'enthousiasme de dasola mais je ne le trouve pas en DVD.
    J'ai plusieurs points communs avec la dame dont la belle famille...mais il faut dire que je leur ai joué un sale tout...

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  2. Yuzo Kayama est effectivement magnifique.

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  3. Un Naruse que j'ai envie de voir depuis longtemps et que j'ai à chaque fois raté. Il n'est pas disponible à l'unité mais dans un coffret. Merci d'en parler Martin.

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  4. @Pascale 1:

    Comme le dit Strum juste sous tes messages, le film est dispo dans un coffret.
    Je dois dire que je serais curieux de lire ton point de vue. Espérons que tu pourras le voir !

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  5. @Pascale 2:

    Yoko Tsukasa n'est pas mal non plus. Beau couple !

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  6. @Strum:

    Je te souhaite également de pouvoir le voir. Un jour, peut-être...
    Pour ma part, il ne me reste plus qu'à remonter le temps et à découvrir d'autres Naruse.

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  7. Il est vrai que c'est un peu cher.

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