lundi 12 janvier 2015

Les saisons

Je ne vous apprends sûrement rien: la chute du Mur de Berlin en 1989 et l'éclatement de l'Union soviétique au commencement des années 90 ont souvent motivé pour l'indépendance des peuples jadis surveillés de très près par le "grand frère" russe. La terre éphémère inscrit quelque peu son propos dans cette problématique: ce film très récent vient de Géorgie et se joue sur une île fluviale de la région abkhaze.

Entre les montagnes du Caucase et la Mer Noire, l'Abkhazie compte quelque 215.000 habitants, dont "seulement" une petite moitié d'Abkhazes. Réunies, les communautés géorgienne et arménienne regroupent autant de représentants, auxquels s'ajoutent des Russes, des Grecs et quelques Estoniens. La Géorgie a pris son indépendance depuis 1991. L'Abkhazie y reste intégrée, même si ses velléités d'autonomie ont conduit six pays - dont la Russie - à la reconnaître comme un État à part entière, et ce dès 1992. J'en viens maintenant au film: La terre éphémère ne désigne pas l'ensemble du territoire. Réalisateur et coscénariste, George Ovashvili s'est avant tout penché sur un phénomène naturel du pays: la formation de petits îlots fertiles au milieu des fleuves et rivières, au gré des pierres et limons apportés par le courant. Le long-métrage nous montre un vieil homme et sa petite fille, venus sur un de ces terrains pour y cultiver du maïs.

Faute de trouver un site qui puisse accueillir un tournage, les équipes techniques du film ont créé leur propre îlot au milieu d'un lac abkhaze. L'illusion est parfaite: sur cette bande de terre isolée, on se sent aussi à l'écart du monde que les personnages. La force du scénario tient justement à ce qu'il nous fait comprendre que le monde extérieur, souvent invisible, reste pourtant à proximité immédiate. Moins dominant que la nature elle-même, il impose toutefois ses lois propres, symbolisées par les allers et venues des patrouilles militaires présentes sur le fleuve, porteuses de l'un ou l'autre des drapeaux locaux. Pour parler de ces tensions nationalistes, La terre éphémère adopte un ton vraiment particulier. L'image est très belle, d'abord. Même si tout ou presque se déroule sur la petite île, le cadre apporte un dépaysement peu commun. C'est l'extrême parcimonie du texte dialogué qui peut dérouter. Je vous dirai que cela ne m'a pas dérangé.

La terre éphémère
Film géorgien de George Ovashvili (2014)

J'ai découvert cette histoire en avant-première, grâce à l'association de cinéphiles que j'ai déjà évoquée ici à quelques reprises. J'ai vu quelques noms français au générique - le long-métrage a fait le tour des festivals et bénéficié du soutien de producteurs polonais, turcs, allemands et kazakhs. En le voyant, certains évoquent Into the wild. J'ai pour ma part songé à la nature et au duo de La petite Venise...

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Pascale a déjà publié le sien: cf. "Sur la route du cinéma". 

6 commentaires:

  1. Bonjour. C'est un film magnifique qui sublime la nature. C'est aussi un film d'apprentissage (la jeune fille). Le premier long-métrage d'Ovashvili était déjà superbe. La terre éphémère fait partie des 9 films encore en lice pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère.

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  2. Bonjour à vous, Traversay. Je suis tout à fait d'accord avec vos remarques - et le film m'a donné envie de voir le premier Ovashvili.

    "La terre éphémère" a peut-être une petite chance aux Oscars. Ce serait un joli message pour les artistes de cinéma de ces pays.

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  3. Bonjour Martin,

    Traversay m'avait déjà attirée l'attention sur ce film, et tu confirmes son intérêt. Hélas, il ne semble toujours pas programmé en Belgique. Patience donc...

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  4. Bonjour Sentinelle. Il semble en effet qu'il ne soit pas sorti dans beaucoup de pays autres que ceux de ses producteurs, si ce n'est lors de festivals. Espérons que sa nomination à l'Oscar lui apportera une plus grande visibilité et que tu pourras finalement le voir en Belgique.

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  5. Tu fais bien, Chonchon. Il me serait intéressant de connaître ton avis, même si j'imagine que je vais devoir attendre un moment.

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