vendredi 5 novembre 2010

Un inconnu à la maison

Comme, je l'imagine volontiers, ça doit arriver assez souvent à ceux qui l'ignorent, Joni et Laser veulent savoir qui est leur père. L'originalité de ces ados-là est, au regard des normes sociales, d'avoir été élevés par un couple... de femmes. Nic et Jules sont donc tout à la fois amoureuses l'une de l'autre, mères biologiques et mères adoptives. Vous suivez ? Elles ont conçu leur bébé toutes seules, grâce à un don de sperme. C'est bon, vous vous y retrouvez, là ? Quand débute Tout va bien ! The kids are all right, Joni - 18 ans - et son petit frère Laser mènent l'enquête pour identifier leur géniteur et découvrent qu'il n'y en a qu'un, qui a offert deux fois sa semence. Leur envie de rencontrer ce drôle de papa n'en est que plus forte. Légalement, elle est aussi réaliste, ne tenant qu'à une autorisation de ce dernier à ce que l'administration dévoile son identité, autorisation que Paul accorde assez volontiers, curieux qu'il est, lui aussi. Quelques jours plus tard, le trio se retrouve et ça se passe plutôt bien. Enfin, au moins jusqu'au moment où les mamans découvrent ce qui s'est passé derrière leur dos. Là, oui, il faut admettre que les choses se compliquent un peu. Juste un peu...

Le fait est que, très vite, le ton du film est donné. Il ne s'agit pas d'un drame poisseux. C'est au contraire une comédie assez enlevée, avec des répliques qui sonnent juste malgré la situation de départ plutôt inhabituelle. Je vais le dire plus simplement: Tout va bien ! The kids are all right est un film tout à fait charmant. Il doit d'abord cette qualité à l'excellence du jeu de chacun de ses acteurs principaux. Les plus jeunes - Mia Wasikowska et Josh Hutcherson - ne sont jamais empruntés et paraissent au contraire tout à fait crédibles face au trio de comédiens expérimentés que constituent Annette Bening, Julianne Moore et Mark Ruffalo. Tout y est ! Il y a simultanément de la tendresse, de grandes et petites idées, un peu de vacheries et également de la complicité: en un mot, on dirait bien une famille, une vraie ! Si le niveau cinématographique ne s'élève pas forcément très haut, c'est bien à l'harmonie de ses interprètes que Lisa Chodolenko doit une partie du succès de son long-métrage. Bien choisis et judicieusement complémentaires, ces derniers vont au-delà du minimum syndical: ils assurent véritablement et offrent une belle épaisseur à leurs personnages, nous embarquant avec eux dans une histoire qui n'est pas la nôtre. Pour ça, au moins, bravo !

Le film a encore d'autres qualités, en particulier celle de développer aussi une galerie de personnages secondaires assez typés et donc marquants. Le scénario est bien écrit: les scènes s'enchaînent logiquement les unes aux autres, et sans temps mort, s'il vous plaît. Le long-métrage passe vite et, sans rire aux éclats, il m'a souvent fait sourire. J'ai passé un bon moment sans avoir envie de regarder ma montre: en soi, je crois bien que c'est le signe que l'ensemble est plutôt réussi. Avec le recul des quelques semaines qui sont passées depuis la projection, il n'y a qu'une chose qui, sans me déplaire véritablement, m'a paru quelque peu déplacée dans Tout va bien ! The kids are all right: sa conclusion. Je n'emploie pas le mot "fin". C'est volontaire: le générique survient sans queue de poisson. J'insiste, je parle bien de "conclusion", j'aurais pu dire "message". Lumineuse, rigolarde et plutôt cool dans l'ensemble, cette production garde tout de même un petit fond bien-pensant. Je ne vous dirai pas en quoi et je précise que certains ne seront probablement pas d'accord avec moi. N'est-ce pas justement la magie du septième art que d'offrir à chacun des appréciations et sentiments contrastés ? Pour ma part, la morale qui se dégage des derniers instants reste ici un peu limite. Elle m'a paru transformer ce qui aurait pu demeurer une histoire très touchante en récit sympa, mais un peu plan-plan finalement. Sans gravité, c'est mon unique (petite) déception.

Tout va bien ! The kids are all right
Film américain de Lisa Chodolenko (2010)

Il faudra tout de même aussi qu'on m'explique le pourquoi de ce titre à moitié francisé ! En passant là-dessus, le film proprement dit s'avère agréable, même si, comme je viens de le souligner, un peu gnan-gnan dans ses derniers développements. Je lui pardonne volontiers devant la belle énergie des cinq acteurs principaux. Resterait maintenant à vous en conseiller un autre du même genre. Honnêtement, je sèche un peu. Pour l'idée du couple de lesbiennes avec un homme au milieu, il y aurait bien Gazon maudit. Et encore ! De mémoire, et même s'il est toujours question de comédie, l'intrigue n'a rien de vraiment comparable. Il faudrait que je le revoie pour vous le certifier avec plus d'assurance... ou trouver autre chose.

1 commentaire:

  1. Je suis bien d'accord avec toi sur deux points : le titre, et la fin. C'est quoi cette "franchouillardise" dans le titre ? Parfaitement inutile ! Et la fin, effectivement, politiquement correcte, pourtant le cinéma américain jette parfois des pavés dans la mare, mais pas là ! Moi, j'aurais choisi une autre fin. Mais c'est vrai que ce sujet plutôt délicat est traité sans préjugés, ni clichés, et rien que pour ça, chapeau ! On rit, on sourit, on a mal pour nos héros. Dans l'ensemble, un bon film avec une jolie brochette d'acteurs.

    Silvia

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