mercredi 25 juillet 2012

Laguionie à ses débuts

Une chronique de Martin

Souvenez-vous: en février dernier, j'avais écrit une chronique consacrée à un très joli film d'animation, Le tableau, une oeuvre signée Jean-François Laguionie. Or, ainsi que je l'avais déjà précisé à l'époque, l'un de mes collègues de travail est le neveu de l'artiste. C'est lui qui m'a prêté les trois autres longs-métrages de son oncle.

Avant d'en parler, je voulais respecter la chronologie et évoquer prioritairement ses huit courts-métrages. Et c'est pour aujourd'hui !

La demoiselle et le violoncelliste / 1965 - 8 min.
L'histoire est simple: un musicien joue en bord de mer et provoque une montée des eaux. Lâchant son instrument, il s'efforce de sauver une jeune fille emportée par les flots. Pas sûr toutefois que le monde humain vaille la beauté des profondeurs. Le coup d'essai est un coup de maître: avec cette première œuvre, Jean-François Laguionie décroche un prix au Festival d'Annecy, Mecque du cinéma d'animation.

L'arche de Noé / 1966 - 10 min.
Trois chercheurs et une exploratrice partent en montagne. Cible annoncée pour ces promeneurs: un navire embarquant des animaux. C'est finalement le quatuor qui est repéré par un drôle d'architecte naval, dans l'attente du déluge. L'historiette offre une vision nouvelle de l'anecdote biblique. À noter aussi, la toute première intervention de la voix humaine dans l'univers Laguionie. Les personnages demeurent résolument muets: seule une radio annonce la tempête.

Une bombe par hasard / 1969 - 7 min.
Jean-François Laguionie est-il misanthrope ? Le héros de ce court est un homme qui arpente une ville abandonnée. Quand, après avoir bu (et payé) un verre au bar, il visite la banque, les nombreux billets qu'il laisse échapper attirent le regard des anciens habitants. Partis dans le désert, ces derniers reviennent, aimantés par l'argent gagné sans effort. La conclusion est explosive. Un peu prévisible, aussi.

Plage privée / 1971 - 13 min.
Un "intrus" dans cette liste des courts: ce petit film est tourné exclusivement en images réelles, avec des acteurs de chair et d'os. L'univers onirique de l'auteur reste le moteur de son imagination. Cette fois, le héros parvient à accéder aux bains publics de sa ville alors qu'ils sont fermés. Derrière une porte, il aperçoit une plage. Une partie de badminton s'engage, jusqu'à une chute surprenante. Simple constat d'évidence: là encore, l'homme n'a pas la partie belle.

Potr' et la fille des eaux / 1974 - 11 min.
Sorti l'année de ma naissance, mon préféré de la série. Un pêcheur découvre une sirène prise dans ses filets. Il en tombe amoureux après l'avoir libérée et se retrouve confronté à son incapacité naturelle à rester sous l'eau aussi longtemps que sa belle. Il choisit donc de faire appel à une vieille sorcière pour, à son tour, devenir poisson. D'après ce que j'ai lu, ce conte en images s'inspirerait librement d'un récit populaire. Je veux bien croire qu'une région comme la Bretagne abonde en petites histoires de ce genre. Objectivement, côté animation, la tradition orale, c'est bien aussi.

L'acteur / 1975 - 5 min.
Cinq minutes d'animation sans paroles pour une soirée dans la peau d'un comédien. Jean-François Laguionie nous le présente directement face au miroir, prêt à devenir autre le temps d'une représentation. Après le spectacle et la signature de quelques dédicaces, le héros rentre chez lui et retrouve sa vraie personnalité. La conclusion étonne. Faudrait-il y voir un avis sur les masques portés en société ?

Le masque du Diable / 1976 - 11 min.
Il est aussi question de travestissement dans ce petit film. Appréciant peu le Carnaval organisé chaque année dans son village, une vieille dame se réfugie dans la montagne. Loin de la civilisation, accompagnée d'une simple chèvre, elle rencontre alors le Malin. Contre toute attente, une partie de dominos fait peser un enjeu important de part et d'autre. Au final, c'est bel et bien la grand-mère qui s'en sort le mieux. Comment diable fait-elle ? À vous de voir.

La traversée de l'Atlantique à la rame / 1978 - 20 min.
Primé à Cannes et aux Césars, ce dernier petit film reste le plus long et le plus illustre des courts-métrages signés Laguionie. Un couple d'amants musiciens, elle harpiste et lui clarinettiste, affronte l'océan pour un improbable voyage. Une aventure qui se prolonge indéfiniment et connaît de nombreux rebondissements. Nous partons nous aussi sur les flots et, en oubliant tout réalisme, aux côtés d'Adélaïde et Jonathan, sommes emportés par la houle et la poésie.

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