lundi 4 mai 2026

Jusqu'à l'impensable

Était-ce le film parfait pour un rebond ? Après vous avoir parlé samedi d'hommes et de femmes aveuglés par leur cupidité, je juge intéressant de revenir sur la personnalité de l'Américaine Lee Miller (1907-1977). Cette ex-égérie du photographe surréaliste Man Ray a ensuite travaillé comme reporter de guerre en Europe, pour le magazine Vogue (anglais).
 
Je ne reviendrai pas en détails sur toutes les étapes d'un parcours remarquable: complété de la fiche Wikipédia, le film dont je vous parle aujourd'hui devrait vous suffire à vous en faire une idée assez précise. Je suppose que vous l'avez reconnue: c'est la talentueuse Kate Winslet qui a choisi d'endosser le costume de Lee - elle est aussi productrice. Nous découvrons le personnage à Mougins, au bord de la Méditerranée. Été 1938: la belle insouciance d'un certain milieu artistique et bourgeois s'efface petit à petit. La photographe, elle, rencontre son futur mari. Ensemble, ils partent à Londres: c'est en témoin des conditions de vie des Britanniques pendant le Blitz que Lee réalise ses premières photos de guerre. Lee Miller - le film - nous la montre comme une femme déterminée à aller plus loin et, concrètement, à travailler sur le front européen. Elle y arrivera, non sans mal, et les images qu'elle produira seront - entre autres "sujets" - parmi les premières à illustrer la Shoah...

Il est peut-être utile que je précise que ce long-métrage est l'oeuvre d'une femme jusqu'alors reconnue comme directrice de la photographie sur de nombreux tournages. C'est sans nul doute ce qui peut expliquer que certains plans du film soient si travaillés, si propres, au risque d'apparaître un peu irréels - un comble ! Lee Miller assume les trous laissés dans la biographie de son personnage principal et une approche hollywoodienne parfois excessive. Construit comme le témoignage tardif de la photographe elle-même, ce long flashback de presque deux heures connaît quelques loupés et laisse parfois l'impression d'un vague défilé de vedettes féminines de la génération #MeToo - avec Marion Cotillard et Noémie Merlant côté français. La courte présence de Josh O'Connor n'apporte qu'un équilibre relatif, mais a le mérite d'ouvrir sur une scène finale assez jolie, qui redit toute l'importance du travail de mémoire. J'ai d'ailleurs apprécié que le film nous présente Lee sans trop d'artifice. Logique pour Kate Winslet: son engagement pour les droits des femmes n'est plus à démontrer. Je n'ai ici aucune raison de le remettre en cause.

Lee Miller
(Lee)
Film britannique d'Ellen Kuras / 2024
Les quelques petites maladresses du long-métrage, liées à une approche psychanalytique de son personnage, sont en réalité bien peu de choses comparées à ce qu'il peut nous raconter du parcours de cette femme étonnante. Et c'est toujours important de défendre la photo de presse ! Souvenez-vous: des films comme Camille ou Civil war l'ont fait aussi. J'ai également Harrison's flowers en tête, que je voudrais ENFIN revoir.

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D'ici là, deux dernières choses à vous signaler...

La première, c'est que le film a reçu un accueil contrasté: plutôt positif du côté de "L'oeil sur l'écran" et bien moins enthousiaste chez Pascale. Deuxième point: 250 photos de Lee Miller sont exposées au Musée d'art moderne de Paris jusqu'au 2 août prochain. Et je reste preneur d'infos...

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