jeudi 30 septembre 2021

Le coeur et le sang

Je n'ai pas encore connu la joie d'être père. Je n'ai donc qu'une idée assez vague de ce que peut être le désarroi de ceux qui en sont biologiquement incapables. C'est cependant avec un intérêt sincère que j'ai vu True mothers, un film qui parle notamment de la stérilité. Et même si son titre - "français" - suggère plutôt la vérité des mères !

Satoko et Kiyokazu forment un couple très amoureux, sans histoire particulière. Vous l'aurez compris: seule leur envie d'avoir un enfant se heurte à une difficulté imprévue, si mal vécue que Monsieur propose à Madame de divorcer rapidement. Car au Japon, ça arrive ! Finalement, les tourtereaux écartent cette possibilité et, au cours d'un week-end de repos, découvrent un organisme d'aide à l'adoption. C'est ainsi qu'ils se frottent à un drame: celui de Hikari, une ado tombée enceinte, rejetée par sa famille, et qui, malgré un chagrin profond, accepte de leur confier son bébé sitôt après sa naissance. True mothers est un film sensible, mais il n'est jamais larmoyant. Même s'il révèle une culture sociale très différente de la nôtre, il pose de bonnes questions sur le fait, délibéré ou non, de donner la vie. L'intérêt est qu'il s'écarte de tout moralisme et ne se concentre pas sur le duo des parents adoptifs. Le scénario s'avère assez complexe...

Sur la forme, le film est soigné: je vous précise qu'il repose en outre sur une série de flashbacks, a priori conçus pour éclairer les décisions et motivations des différents protagonistes. La fluidité du montage m'a permis de m'y retrouver, mais je dois certainement reconnaître que je n'ai pas ressenti l'émotion attendue et espérée à chaque fois. Je ne vous parle pas d'une déception: je place juste un petit bémol. True mothers prend quelques chemins de traverse et ajoute alors deux ou trois couches de pathos sur la destinée de la jeune mère célibataire, ce qui, de fait, m'a paru vraiment inutile par moments. Autre chose: j'imagine bien volontiers que certain(e)s d'entre vous resteront insensibles au style de la réalisatrice, qui ne cesse d'utiliser la nature (la mer, les fleurs, la montagne...) pour ses plans de coupe. On peut aussi voir cela positivement, comme une signature d'auteure. Bref... chaque spectateur apportera sans nul doute avec lui une part de sa propre personnalité devant ce récit - et ce sera très bien ainsi. Oui, c'est aussi la force du cinéma de nous confronter à nous-mêmes !

True mothers
Film japonais de Naomi Kawase (2021)

Du bon, du moins bon, mais, dans l'ensemble, un bilan plutôt positif. N'oublions pas deux choses: la réalisatrice est par ailleurs spécialisée dans le documentaire et... elle est elle-même une enfant adoptée ! Promis: je verrai d'autres de ses films. J'ai aimé La forêt de Mogari et Still the water. Une vraie parenté existe avec Hirokazu Kore-eda. Pour preuve, (re)voyez Tel père, tel fils et / ou Notre petite soeur...

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Je m'attendais à ce que le film ait plus de succès...

À ce stade, je n'ai pas repéré d'autre chronique que celle de Pascale. Si j'en ai loupé ailleurs, ce serait vraiment sympa de me le signaler...

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