mercredi 19 décembre 2018

Tourner la page

Du cinéma iranien, je ne connais encore qu’une poignée de films. J'imagine qu'à Téhéran, les réalisateurs sont moins libres qu’à Paris. Néanmoins, Asghar Farhadi n'était pas menacé de mort et/ou en exil quand il a choisi de tourner Le passé chez nous. En fait, ses oeuvres précédentes avaient toutes reçu un accueil favorable dans son pays...

Ahmad revient en France après quatre ans d'absence. Marie est venue l'accueillir à l'aéroport, mais leur couple a vécu: la jeune femme demande à ce que les papiers de leur divorce soient enfin signés ! Paradoxalement, elle n'a pas réservé de chambre d'hôtel pour son ex. Celui-ci retrouve donc son ancien foyer, découvre les changements survenus dans cette vie qu'il a laissée de côté et s'efforce de faire enfin ce qu'on attend de lui, sans cri, pleur ou délai supplémentaire. Vous l'aurez compris: Le passé n'est pas franchement une comédie. Cela dit, le scénario est astucieux: là où d'autres auraient construit leur film autour de flashbacks successifs, Asghar Farhadi fait le choix de raconter cette histoire au présent, nous laissant seuls imaginer comment les personnages en sont arrivés là et ce qui va se passer ensuite. Ce faisant, il parvient à faire monter un vrai suspense ! Autant dire que la tonalité générale du film est aussi assez glauque...

Ce qui pourrait s'apparenter à un drame va bientôt relever du thriller. Le récit navigue ainsi d'une révélation à l'autre et il y en a beaucoup. D'aucuns ont d'ailleurs reproché au film de se livrer à une surenchère d'éléments dramatiques, au point que les situations qu'il expose deviennent invraisemblables. Quant à moi, je suis plutôt de l'avis contraire: tout cela m'a paru crédible (si ce n'est à 100% réaliste). Inspirés, les acteurs nous emmènent avec eux et je dis avec plaisir que Bérénice Béjo n'a en rien volé son Prix d'interprétation cannois. J'ajoute que, du côté masculin, le tandem Ali Mossafa / Tahar Rahim m'a pleinement convaincu, de même que les deux comédiens enfants. Une mention spéciale aussi pour Pauline Burlet, excellente en ado prise au piège de ses émotions contradictoires. Seul véritable bémol apporté à mon enthousiasme: vers la fin, les zones d'ombre du film s'atténuent et, à mon sens, Le passé se fait un peu trop explicatif. Franchement, je crois que j'aurais apprécié que certaines questions restent sans réponse. Pas convaincu que tout soit résolu pour autant !

Le passé
Film français d'Asghar Farhadi (2013)

Un long-métrage un tantinet trop maîtrisé, mais qui serre le coeur. Soyez prévenus: il n'offre que très peu de répit aux âmes sensibles. Globalement, il s'est avéré conforme aux attentes que j'avais placées en lui. Ma petite réserve finale le rapproche de Everybody knows. Quelques critiques jugent Asghar Farhadi plus à l'aise dans son pays et présentent Une séparation comme son meilleur opus. À (re)voir...

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C'est facile: vous en trouverez sur les blogs de Pascale, Dasola et Lui.

6 commentaires:

  1. Une séparation et Everybody knows sont mille fois meilleurs selon moi.
    Ce film est interminable et déprimant.
    À aucun moment on ne comprend pourquoi elle veut se remarier alors que de son nouveau couple n'émane qu'un ennui profond.

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  2. "Une séparation" reste un grand souvenir, "Everybody knows" une (petite) déception.
    Je te rejoins sur l'idée que "Le passé" est déprimant. Et bien trop explicatif, au final.

    Pourquoi est-ce qu'elle tient à se remarier ? Par immaturité affective, je suppose. Mais...

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  3. J'aurais dû dire pourquoi ILS tiennent à se marier et même à vivre ensemble ? Je sais que le réalisateur est iranien et qu'en Iran l'amour n'est pas la préoccupation première mais franchement je n'ai pas compris. Je l'ai vu il y a longtemps à sa sortie et n'ai aucune envie de le revoir mais j'avais trouvé ça parfaitement incohérent. Pourquoi cette bagarre perpétuelle alors qu'ils vont dans le mur. Pour moi ça n'avait aucun sens et c'était très désagréable d'observer ces gens.

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  4. Je comprends parfaitement ton ressenti. Mais je ne dirais pas que c'est incohérent.
    Parfois, les gens se mettent dans de telles situations ! Ils se trompent... ou pas. Ils ont du mal à vivre ensemble.

    Pourquoi contempler ça au cinéma ? Bonne question. Pour mieux comprendre les autres, peut-être.

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  5. Bonsoir Martin, je n'avais vraiment pas trouvé ce film terrible tout comme Everybody knows. Bonne soirée et bon réveillon de Noël.

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  6. Bonjour Dasola.
    Avec retard, et comme je le disais à Pascale, je comprends parfaitement qu'on puisse ne pas accrocher à ce type de films, austères et portés par une certaine outrance.

    J'espère que tu as pu passer de belles fêtes.

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