vendredi 18 mars 2016

La terre primitive

J'aime découvrir des films avec mes amis, pour voir s'ils y apprécient les mêmes choses que moi ou, à l'inverse, si leurs goûts me plaisent. Bien motivé par un très bon copain, j'ai retenu l'option The revenant. C'était dans mes projets, de toute façon. J'étais même assez curieux également de me frotter à ce supposé grand favori des Oscars 2016...

Pour faire simple, je précise pour ceux qui ont échappé au bulldozer promotionnel que ce nouveau film avec Leonardo DiCaprio, réalisé d'ailleurs par le cinéaste oscarisé 2015, Alejandro Gonzalez Iñàrritu, nous ramène au temps des premiers trappeurs américains, vers 1820. Au beau milieu de nulle part, une troupe blanche est soudain surprise par l'attaque d'un tribu indienne, les Arikaras. On découvrira ensuite que ces derniers sont à la recherche de la fille de leur chef, enlevée par d'autres Blancs. Mais bon... le scénario du long-métrage tourne surtout autour d'une histoire de survie. Notre ami Leo, censé servir de guide aux chasseurs de peau, est vite agressé... par un grizzli ! Laissé pour mort par un de ses peu scrupuleux équipiers, il aura donc une revanche à prendre, sur le sort et sur son prétendu camarade. Vous pensez que, là-dessus, The revenant est banal ? Je confirme. Mais c'est vrai que sa star envoie du lourd dans l'intensité physique...

DiCaprio ne recule jamais: ça fait partie de ce que j'apprécie chez lui. Les images du film vous laisseront vite comprendre qu'il n'a pas dû être le seul à en baver sur le tournage. Ce cinéma qui mélange virtuosité technique et confrontation avec la nature, je l'aime aussi. Chapeau bas aux quelque 300 gugusses partis dans la neige et le froid pour obtenir ces plans de fada: effet waouh garanti sur écran géant. Bravo aussi aux acteurs et mention pour Tom Hardy, méconnaissable et qui apporte une belle complexité à son personnage de bad boy. Après, bon... j'ai bien quelques petites réserves, tout de même. Certaines séquences font appel à une sorte d'onirisme: ça se tient dans le discours général du long-métrage, mais je n'ai pas adhéré. Moins spirituel encore, je crois que The revenant aurait été meilleur. Ce sont les scènes les plus telluriques qui m'ont le plus plu - cf. le titre de cette chronique. Dès que la nature s'imposait, j'ai vraiment kiffé ! OK, je chipote: ces deux heures et demie de cinéma m'ont embarqué. Il s'en est fallu de peu pour que j'en parle comme d'un très grand film.

The revenant
Film américain d'Alejandro Gonzalez Iñàrritu (2015)

Certains vous diront que la flamboyance du style du cinéaste mexicain tient avant tout de l'esbroufe. Pas moi: souvent, elle me laisse baba. C'est plus sur le scénario que je trouve à redire, puisque j'ai vu ici quelques scènes "piquées" dans Jeremiah Johnson ou... L'empire contre-attaque ! Cela dit, je pense aussi que le film va bien vieillir. Techniquement, il est tout de même très beau et sans faute de goût. 

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Des précisions qui me semblent importantes...
J'ai vu le film en avant-première le 23 février, la veille de sa sortie française. J'ai écrit cette chronique le 24. Je savais alors qu'il était candidat à douze des Oscars 2016, mais pas encore que l'Académie allait finalement lui en décerner trois - ceux du meilleur réalisateur, du meilleur acteur et de la meilleure photographie. Ce qui a donc valu à Iñàrritu un doublé 2015/2016, à DiCaprio sa première statuette dorée et à (Emmanuel) Lubezki son troisième trophée consécutif ! L'Oscar du meilleur film, lui, a consacré Spotlight, de Tom McCarthy.

Et d'autres avis, si vous le souhaitez...
Sentinelle a été la première à chroniquer, profitant de la sortie belge anticipée. Pascale a vite enchaîné, à peine remise de ses émotions. Depuis ? Dasola, Princécranoir, Strum et 2flics l'ont à leur tour évalué.

14 commentaires:

  1. Bonjour Martin et merci pour le lien. La mise en scène a pour objectif d'immerger le spectateur dans le monde du film. Il y a dès lors deux possibilités : soit on accepte de jouer le jeu et on se laisse emporté par ce film très impressionnant visuellement, soit on conserve un regard un peu extérieur par rapport à cette histoire, tout en admirant le travail de Lubezki à la photographie et en notant les emprunts de surface d'Inarritu dans les séquences de rêve. J'avoue que je fais partie de la seconde catégorie de spectateur et que je n'ai pas ressenti beaucoup d'émotions durant le film.

    Strum

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  2. C'est bien vu, ton analyse, Strum. Merci. Je suis à peu près dans le même cas que toi. Je crois finalement que ce sont les passages oniriques qui m'ont un peu empêché d'entrer dans le jeu plus clairement. Peut-être aussi la vague impression que, parfois, le film était étiré pour rien... ou juste pour laisser Leo grimacer de plus belle.

    Avec le recul, je me dis aussi que la salle quasi-pleine ne m'a pas aidé à me sentir happé par ces territoires hostiles et quasi-désertiques.

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  3. Sous le feux des critiques, le film se fait nécessairement cueillir pour ses défauts et on en oublie malheureusement tous ces aspects remarquables. En effet, je pense comme toi que les digressions oniriques n'étaient pas indispensables (sauf peut-être à évoquer le lien entre Glass et les Pawnees et montrer le massacre des Indiens), et que certaines séquences possèdent une spiritualité intrinsèque suffisamment forte pour élever le film vers les cimes du septième art. Mais tel est le mode d'expression d'Inarritu, et ce n'es pas forcément une tare que de laisser sa fibre mexicaine s'exprimer à travers cette poésie baroque. Trop long, trop beau, trop prétentieux, ces reproches ont pu être faits en leur temps à un "Apocalypse now" qui, pourtant, est aujourd'hui reconnu comme un très grand film. On a pu reprocher à "Gangs of New York" d'être mal fagoté, et pourtant, il demeure un grand souvenir de cinéma. Je passe sur les exemples plus récents ("Avatar", "Gravity" de l'autre Mexicain, tiens donc); les exemples sont légions des films forts devant lesquels on se plait à faire la mijaurée. Comme toi, je retiens l'intensité de la narration, la captation saisissante de l'environnement, l'interprétation digne des grands westerns d'antan, et ce petit rapprochement cocasse avec une séquence de "l'empire contre-attaque" ;-)

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  4. Un voyage en terre indienne sur monorail. C'est magnifique, visuellement renversant, mais on reste à distance.
    Et je continue à faire ma mijaurée devant Gravity ;)

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  5. @Princécranoir:

    Comme souvent, le fait est que je me sens au milieu du gué: il se trouve que le film ne m'a pas plu dans toutes ses dimensions, mais que je reste admiratif du travail effectué - et il y a aussi des symboliques qui me parlent fort derrière ses images.

    Comme tu l'as compris, je ne trouve le film ni trop long, ni trop beau, ni trop prétentieux. Il me semble juste qu'il s'écarte parfois un peu trop d'une trajectoire purement viscérale qui, à mes yeux, aurait pu être plus intéressante. Mais pourquoi pas, après tout ? C'est la signature d'un auteur dont je ne partage pas l'ensemble des thématiques, mais qu'à ce stade de sa carrière, je respecte fondamentalement.

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  6. @2flics:

    Je n'irais pas jusqu'à dire qu'on "reste à distance", mais c'est vrai que je n'ai pas toujours ressenti d'émotion particulière pour Hugh Glass (et c'est dommage). Un peu d'ambiguïté aurait pu lui apporter un peu plus d'humanité. Mais bon...

    En revanche, je ne comprends pas tout à fait le parallèle avec "Gravity" - que tu n'es pas le seul à faire, c'est un fait. Le côté immersif ? Admettons. La photo d'Emmanuel Lubezki ? Soit. Pour ma part, je n'ai pas trouvé que le film d'Alfonso Cuaron (l'autre Mexicain de Hollywood) était fabuleux. Reste tout de même que, sur grand écran, j'avais fait un vrai voyage dans l'espace... et que je ne renierai pas le plaisir que j'y avais pris.

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  7. Que de "mijaurations"...
    Pas un grand film ? Alors qu'Est-ce qu'un grand film ?
    Et je crois, enfin c'est ce que le cinéma nous montre et nous démontre depuis toujours les indiens ont une vie spirituelle supérieure enfin plus développée que la nôtre... c'est peut-être ce qui explique les scènes oniriques. Mais je crois aussi que quand on est dans cet état de délabrement, on "voit" des choses.
    Je reste inconditionnellement époustouflée par ce film époustouflant.

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  8. J'ai revu "le convoi sauvage" "la captive aux yeux clairs" et "jeremiah johnson", aprés ce film et, oui éviter d'etre trop démonstratif au cinéma est possible,oui le souffle épique est à la portée d'un réalisateur inspiré, et oui le jeu d'acteur dans la retenue existe..

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  9. Bonsoir Martin, merci pour le lien. Je suis contente que tu aies aimé ce film dont je n'arrête pas d'entendre et de lire du négatif. Concernant les scènes oniriques, il y a peu sur les 2h30 du film et ce ne m'a pas dérangée. Un très grand film à voir sur grand écran. Bonne soirée.

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  10. @Pascale:

    Je n'ai pas cherché à comprendre les scènes oniriques: je dis juste que cet aspect du film ne m'a pas touché. Je continue de penser que le film sera encore mieux perçu quand il aura pris quelques années.

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  11. @CC Rider:

    Assez d'accord avec tout ce que vous écrivez, à ceci près que je n'ai pas encore eu l'occasion de voir "Le convoi sauvage" et "La captive aux yeux clairs" (pour cette seconde référence, ça reste possible prochainement, puisque j'ai le DVD).

    Avez-vous vu , "The revenant", de votre côté ? J'aurais bien aimé avoir votre avis et, pour l'heure, dois me contenter de cette impression que vous avez fait l'impasse.

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  12. @Dasola:

    Pas de quoi pour le lien. J'ai l'impression que "The revenant" fait partie de ces films qui ont la chance d'être largement promus et qui, en retour, incitent leurs détracteurs à pointer l'ensemble de leurs défauts - parfois d'assez mauvaise foi, d'ailleurs.

    Tout à fait d'accord avec toi pour dire que ce spectacle appelle le grand écran, au moins pour le découvrir.

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  13. je confirme avoir vu the revenant qui m'a inspiré le commentaire ci dessus, je me permets de citer également le critique du figaro magazine : "Di caprio fait trés bien la loutre" pas mieux !!

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  14. C'est un peu sévère, tout de même, mais c'est vrai que c'est un mode d'interprétation très particulier. Je crois que le public américain y est plus sensible que nous.

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