mardi 20 mai 2014

Fissure(s)

Il serait bien que je reconsidère la filmographie de Pierre Salvadori. Avant que j'aille voir Dans la cour, son très joli dernier film, j'avais certes quelques bons souvenirs du réalisateur, mais pourtant pas celui d'avoir autant apprécié son travail que cette fois-ci. Mon intérêt cinéphile pour les personnages que la vie a abîmés se confirme. Aujourd'hui, je vous présente Mathilde, retraitée parisienne engagée dans la vie associative, soudain obsédée par une fissure qui lézarde son appartement, et Antoine, le nouveau concierge de son immeuble.

Ces deux-là sont liés dès le début du film, puisque c'est Mathilde qui, au nom de la copropriété, oeuvre pour qu'Antoine soit engagé. Quelque chose lui dit que cet homme peu sûr de lui s'appliquera d'autant plus pour mener à bien son travail. Elle ne sait pourtant rien encore du passé d'Antoine, ex-rockeur dépressif, que nous, spectateurs, avons vu renoncer à un concert au début du métrage. Bref... vous aurez compris que Dans la cour est d'abord l'histoire d'une rencontre, particulière, entre deux êtres, dans une tonalité douce-amère, comme je les apprécie particulièrement. Je tiens toutefois à préciser immédiatement que c'est aussi une comédie. Remarquablement écrit, appuyé sur toute une galerie de personnages secondaires, le scénario est une merveille d'équilibre et de justesse. Aussitôt qu'il risque de se faire trop plombant, il se rétablit miraculeusement par l'arrivée du rire et/ou d'une ouverture poétique.

Le mérite en revient (aussi) aux comédiens. On vous dira sûrement que Catherine Deneuve est une grande, mais de mon côté, je restais toujours un peu sur la réserve, avec elle. Jusqu'à aujourd'hui, en fait: cette fois, elle m'a pleinement convaincu et je l'ai trouvée très belle. Elle joue avec une incroyable sensibilité cette Mathilde, femme désemparée, que l'âge semble conduire progressivement vers la perte de contrôle de ses émotions. En face, révélation: Gustave Kervern soutient parfaitement la comparaison. Le trublion grolandais campe avec beaucoup de sensibilité ce gros nounours fragile, formidable d'empathie. Toute la distribution est très juste, à vrai dire, et porte ce qui aurait pu être un petit film sympa au rang d'oeuvre cinématographique marquante pour notre époque. Dans la cour fait réfléchir sans jamais, jamais, donner de leçons à quiconque, en fable un peu triste sur la modernité. Vous vous y retrouverez peut-être...

Dans la cour
Film français de Pierre Salvadori (2014)

Les concierges parisiens inspirent de bons films: on est toutefois loin ici des rires provoqués par La cage dorée. Certains suggèrent même qu'il s'agit du film le plus sombre de Pierre Salvadori: mon souvenir lié à Cible émouvante ou Les apprentis est bien trop flou pour donner un avis étayé sur cette question. J'y reviendrai, à l'occasion. J'espère d'abord vous avoir convaincu de voir Dans la cour, pour lui-même.

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De l'eau à mon moulin ?
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