jeudi 12 août 2010

Dans la tête !

Vous jugerez du résultat. Je ne crois pas inutile que dix-neuf jours soient passés depuis que j'ai vu Inception. Il aurait bien sûr été possible de réagir à chaud - d'autres (et nombreux) internautes cinéphiles l'ont choisi ou ont dû le faire. Pour ma part, je ne suis pas mécontent que ma volonté de parler des films en suivant scrupuleusement l'ordre de visionnage m'ait obligé à prendre un peu de recul. La première analyse critique de ce long-métrage qui m'est venue est de fait quelque peu alambiquée. N'étant pas spécialement inconditionnel de ce genre d'histoires et ayant trouvé que le travail de Christopher Nolan méritait largement le détour, je me suis dit qu'on tenait peut-être là un classique instantané pour celles et ceux qui apprécient les scénarios de ce type. Je crois tout de même bon de dire deux mots pour prévenir ceux d'entre vous qui seraient (encore ?) passés à côté de ce que d'autres définissent d'ores et déjà comme le film de l'année: l'histoire ici contée est des plus tortueuses. En quelques mots, il s'agit pour quelques hommes et une femme d'accéder, presque physiquement, aux pensées intimes du patron d'une très grosse entreprise par l'intermédiaire du rêve et, non pas d'y détruire tel ou tel souvenir, mais au contraire d'introduire en lui une idée qu'il n'a pas encore. Objectif: induire un comportement déterminé à son réveil, à savoir démanteler ladite entreprise. N'hésitez pas: vous avez le droit de relire les phrases précédentes. J'admets bien volontiers que je n'avais encore jamais vu de film basé sur un point de départ aussi complexe. L'originalité: c'est sans doute le tout premier atout de cette grosse production américaine. Il y a certains cinéastes - de tous pays, cette fois - qui auraient incontestablement quelques leçons de scénario à prendre. Et ce d'autant qu'il faut encore ajouter une histoire de passion amoureuse.

Dès la bande annonce, Christopher Nolan annonçait la couleur et, dans la bouche de Leonardo DiCaprio, présentait franchement l'idée comme le plus tenace de tous les parasites. Quand on y pense ouvertement, ce n'est pas bête: en effet, et à moins d'être victime de pertes de mémoire, il semble bien difficile de se débarrasser totalement d'une pensée donnée. De là à en induire une dans l'esprit d'une tierce personne, c'est un autre défi - admissible au cinéma. Franchement, si je me suis senti perdu dans les premières minutes du film, j'en ai ensuite admis le concept de départ assez facilement et je suis donc "entré dedans", et même finalement presque aussi aisément que dans d'autres intrigues infiniment plus simples. C'est sans doute la première réussite d'Inception: partir d'un point de vue digne d'un roman de science-fiction et parvenir à le faire admettre rapidement à un public - moi, par exemple - qui n'est pas immédiatement réceptif. Je dirais même plus: j'ai pensé que j'avais bien fait de ne pas attendre la sortie DVD dès les premiers instants de la projection. Grâce à ces images grandioses et cette musique omniprésente, véritables vecteurs d'émotions, la réalisation nous fait vite oublier notre réalité tangible pour nous plonger dans la fiction. Si c'était sans doute une nécessité vitale pour cette histoire particulière, je crois pouvoir affirmer que c'est une pleine réussite. La distribution, qui combine immenses stars et jeunes comédiens déjà nantis d'une belle popularité, contribue aussi à créer un produit cinématographique particulièrement attractif. Et qui, s'il impose bel et bien de rester assez concentré pendant deux heures et demie, mérite absolument qu'on le fasse sans état d'âme, j'irais même jusqu'à dire en s'abandonnant totalement au spectacle.

Personnellement, je crois d'autant plus fort à la notion d'idée inexpugnable qu'il y a juste quelques jours, j'ai appris la fin d'un film à suspense que je n'ai toujours pas vu et que je constate aujourd'hui que je n'arrive pas à me débarrasser de cette pénible révélation. Christopher Nolan raconte qu'il lui a fallu dix ans pour concevoir l'écheveau d'Inception. Je n'en suis pas surpris: préparez-vous d'emblée à voyager dans le rêve, puis dans le rêve du rêve, et ensuite dans le rêve du rêve du rêve, et plus loin encore, au cœur même des derniers recoins d'une pensée humaine. Le chemin n'étant pas toujours parfaitement balisé, je dois reconnaître qu'il est arrivé que je décroche quelque peu. Pour autant, je n'en ai pas été frustré. J'indique d'ailleurs qu'en dépit d'une structure narrative labyrinthique, le film offre des scènes d'action classiques, mais aussi suffisamment de dialogues explicatifs pour permettre au public un peu moins affûté de ne pas perdre totalement le fil. En résumé, je n'en parlerai pas comme de la meilleure des choses que j'ai vues cette année, mais salue très franchement la démarche du réalisateur: je peux imaginer qu'il n'a pas forcément été évident de convaincre un groupe d'acteurs et, moins encore, des producteurs de le suivre dans ce qui peut tenir lieu de bon gros délire. Je lisais d'ailleurs que Christopher Nolan avait pour habitude d'alterner entre blockbusters formatés et créations plus personnelles. Voilà qui m'a donné envie de m'intéresser d'un peu plus près au reste de sa filmographie, avec déjà quelques films identifiés et gardés... en tête. Et la toupie, alors, dans tout ça ? Non ! Je n'en dirai pas plus. C'est à vous d'aller voir pour comprendre. Ou pas. Simple conseil: attendez-vous à vous poser des questions !

2 commentaires:

  1. De "Insomnia" à "Inception", j'ai presque parcouru toute la filmo de longs-métrages de Chris Nolan. Je lui suis tout d'abord infiniment reconnaissante d'avoir (enfin merci mon Dieu !!!!!) réhabilité un Batman plus que crédible et loin des costumes kitch et des poses ridicules. Mais bref, le sujet n'est pas là. Je suis (tu le remarqueras peut-être au fil de mes commentaires) une cliente autant difficile que gourmande du cinéma. Ainsi, en voyant les premiers teaser d'Inception, je m'attendais, je l'avoue, à être autant surprise que je le fut il y a quelques années en découvrant Matrix I(je précise bien le "I" hem...). Et bien ce ne fut pas tout à fait le cas... le concept d'Inception en lui-même est très intéressant et encore inexploité évidemment. Mais... bizarrement je trouve que le film ne l'a pas assez mis en valeur. J'ai vu ces 2h30 plus comme un prologue" esquissant ce (fou) concept. Mais pour le reste, j'ai eu plus l'impression que CN a donné (comme souvent) large part à la psychologie des personnages. Et l'histoire personnel entre DiCaprio et Cotillard (ouin encore elle) prend trop le dessus à mon goût... Il y a eu des passages magnifique, des scènes à coupler le souffle..mais aussi des déceptions. Je fut surprise du "clichisme" de la scène de "recrutement" de la dream team (trop déjà vu, trop!). Je fus déçue que l'architecte (géniale Ellen Page) ne voit pas son personnage plus utilisé alors même que si prometteur... Je fus déçue quelque part de la scène de fin avec ouverture, si prévisble en fin de compte... Attention je modère mon propos. C'est un bon film, mais qui manque d'un peu de rigueur pour être parfait et inoubliable... à mon sens.
    mention spéciale à Di Caprio, de plus en plus fin et appliqué dans ses rôles
    mention plus que spéciale à Ellen Page (tjs pas vu Juno!), qui offre une grande maturité d'actrice (espérons qu'Hollywood ne la sabote pas!).

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  2. Et bien après le long commentaire de Mokona, je ne me priverai pas d'en faire de même...

    Le sujet : "les rêves", m'a tout particulièrement plu. Inexploité comme disait Moko ^^
    D'ailleurs le sujet du rêve a donné lieu a de longues conversations avec mon cher et tendre... Et de là nous nous sommes aperçus que nous ne rêvions pas du tout de la même manière.. Mais c'est un autre débat... Justement, au lieu de discuter du dit film, nous avons tergiversé sur le monde des rêves... Cette remarque prouve que le film n'est pas complètement abouti.
    Mes points faibles :

    - Une Marion lassante, j'ai eu envie de la baffer tout le long du film.

    - Les scènes d'actions inutiles et lassantes (bon là on touche a quelque chose que je déteste en général au cinéma : les longues scènes d'action).

    - Le manque de profondeur. Si certains on trouvé Inception complexe (c'est vrai qu'au début on se perds un peu), on comprend très vite le concept de miroir infini. J'aurai aimé plus de détails sur la vie rêvée de Léo et Marion, plus de complexité en général... Et le coup de la multinationale franchement le mobile j'ai trouvé ça très bof.. Un choix plus judicieux, plus fin, plus dans le catharsis aurait vraiment apporté qq chose.

    Les points forts :
    - Un léo toujours aussi bon acteur, ca fait vraiment plaisir de le voir évoluer de films en films.
    - Des plans vraiment super beaux
    - et je salue l'idée bien entendu.

    Pour moi le meilleur film qui m'ait marqué reste Shutter Island.. Inception ne rentre pas dans ma liste des films cultes donc.

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