samedi 17 juillet 2010

Ici l'ombre

L'industrie cinématographique italienne a de beaux restes. Le dernier de ses films que j'ai appréciés est celui que je vous propose d'évoquer aujourd'hui: Vincere, de Marco Bellocchio, lui aussi retenu en compétition officielle au Festival de Cannes l'année dernière avant lui aussi de repartir bredouille. C'est une page d'histoire qui est réécrite devant nous. Le film s'ouvre avant la Première guerre mondiale, à l'heure où un dénommé Benito Mussolini n'est encore qu'un simple militant socialiste. Sauvé des violentes représailles policières par une femme ébahie par son charisme, le futur Duce découvre celle qui deviendra sa compagne, Ida Dalser. Un enfant naîtra de leur union en 1915. Il ne sera jamais reconnu par son père.

La force de ce film est de tracer deux chemins parallèles: d'abord celui de l'Italie dans son ensemble, mais surtout celui de cette mère et de l'enfant qu'elle a donné à un dictateur. Je rassure d'emblée ceux d'entre vous qui s'inquiéteraient de leurs lacunes sur l'histoire italienne: il n'est pas besoin de la connaître vraiment pour apprécier ce chef d'oeuvre à sa juste valeur. Marco Bellocchio a fait le choix d'intégrer des images d'archives dans son film et, sitôt que Mussolini revient de la guerre, d'effacer petit à petit ce personnage de père indigne. Son oeuvre se concentre donc sur Ida Dalser, amoureuse, déterminée, mais petit à petit dépouillée de chacun de ses droits. Plus que le fascisme dans toute son horreur, Vincere évoque la vie d'une femme lentement broyée par la plus grande des injustices.

Pour porter pareil rôle, il fallait évidemment une comédienne admirable. Marco Bellocchio l'a trouvée en Giovanna Mezzogiorno, dont la prestation à l'écran mérite tous les éloges. D'une sobriété rare, la jeune femme est formidable d'expressivité. Sa manière d'interpréter ce personnage ingrat force le respect: elle fait du film bien plus qu'un simple mélodrame. Filippo Timi incarne pour sa part un Duce tout à fait saisissant, d'une évidente brutalité contenue, mais aussi un fils devenu adulte dont la fragilité émotionnelle saute aux yeux. La manière dont l'acteur parvient à singer les mimiques mussoliniennes apporte beaucoup de crédibilité à son jeu. Bluffant ! Vincere se caractérise aussi par une méticuleuse reconstitution. C'est à coup sûr l'un des plus beaux films que j'ai vus cette année.

2 commentaires:

  1. Bien d'accord avec vous, Eeguab. Il mériterait d'être mieux connu du grand public. J'avoue toutefois qu'il reste le seul Marco Bellochio que je connais à ce jour...

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