vendredi 11 décembre 2009

Poupoupidou !

Ce n'était pas prémédité. C'est une réplique de La panthère rose, évoquant une femme devenue homme "à la fin", qui m'a donné l'idée et l'envie de revoir Certains l'aiment chaud. DVD en main, j'ai pu constater que mon hypothèse d'un clin d'oeil discret de Blake Edwards à Billy Wilder se tenait. Historiquement, le film dont je vous parlerai aujourd'hui est en effet un peu plus ancien que celui dont j'ai rédigé la chronique mardi: il est sorti dans les salles françaises à l'approche de l'automne 1959. Six fois nommé aux Oscars 1960, il en serait reparti bredouille s'il avait été tourné en couleurs, ne recevant finalement qu'un seul trophée, celui des meilleurs costumes dessinés pour un film en noir et blanc. C'est Ben Hur, cette année-là, qui a récolté un maximum de statuettes dorées, onze exactement, record depuis égalé deux fois, mais jamais battu. Ne nous égarons pas encore dans les méandres d'Hollywood: revenons à nos moutons ! Grand et beau classique du cinéma comique, Certains l'aiment chaud repose sur une histoire originale: celle de deux musiciens jazz du Chicago des années 30, témoins d'un règlement de comptes sanglant entre mafieux, et qui, pour gagner un peu d'argent autant que pour éviter d'être liquidés à leur tour, prennent aussitôt le train vers la Floride, passagers clandestins d'un orchestre... de femmes ! C'est donc travestis que les géniaux Tony Curtis et Jack Lemmon traverseront le pays et une bonne partie du métrage. Une situation incongrue et irrésistiblement drôle, même cinquante ans plus tard !

Bien évidemment, même ainsi déguisés, nos deux larrons n'oublient pas leur réalité sexuelle et, du coup, jouissent des divers quiproquos ainsi générés. En clair, voyager sous des atours féminins et parmi quelques jolies demoiselles n'est pas pour leur déplaire, loin de là. Méfiance, toutefois: les dangers restent multiples, au premier rang desquels le risque d'être démasqués par la chaperonne du groupe, véritable dame patronnesse. Un risque d'autant plus important qu'apparaît la plus sexy d'entre toutes, Sugar Kane (Alouette, en VF), à qui il s'avère bien difficile de ne pas aller conter fleurette aussitôt. Les images auront renseigné les moins cinéphiles d'entre vous: c'est évidemment Marilyn Monroe qui prête ses traits à cette grande fille naïve et follement attirante. Poupoupidou ! Certains l'aiment chaud contient l'une des chansons les plus célèbres de la star. Ce n'est certes pas son premier intérêt, mais cela donne l'occasion de briller dans les dîners en ville que de l'identifier et de savoir la replacer dans son contexte. Sur le plan cinématographique, la prestation délivrée par la plus illustre des blondes est parfaite, complément idéal du duo excentrique que forment Tony Curtis et Jack Lemmon. Beaucoup pourrait être écrit sur ce qui est finalement un triangle amoureux assez particulier, basé sur l'entourloupe. Je préfère toutefois ne pas dévoiler trop d'éléments de scénario, afin de ne pas gâcher la surprise de celles et ceux qui n'auraient pas vu le film.

Quelques considérations historiques, malgré tout. Certains l'aiment chaud a donc été tourné en noir et blanc, choix artistique de Wilder. Le réalisateur américain avait pourtant toute latitude pour privilégier les couleurs, mais son objectif était aussi de rendre un hommage particulier aux films noirs des années d'avant-guerre, cette époque de crise économique à laquelle est donc censée se dérouler l'intrigue. Cette décision aurait tout aussi bien pu mettre à mal le projet. Marilyn avait en effet signé un contrat avec le studio garantissant qu'elle ne travaillerait que sur des films en couleur. Wilder emporta finalement le morceau en expliquant que les maquillages imposés ici à Curtis et Lemmon passaient mieux en noir et blanc ! Et c'est vrai que les comédiens paraissent crédibles en Joséphine et Daphné ! Autre anecdote amusante et contre-pied: le casting ne correspond pas tout à fait au choix du metteur en scène. Initialement, ce dernier avait retenu Frank Sinatra pour le rôle confié à Jack Lemmon, et préféré Mitzy Gainor à la miss Monroe. Les connaisseurs affirment que la blondinette avait beaucoup de mal à retenir ses répliques, ce qui justifia parfois de tourner jusqu'à... 59 prises d'une scène unique ! Sans doute peut-on conclure aujourd'hui sur une note positive en affirmant par exemple que le jeu en valait la chandelle.

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