vendredi 20 mars 2026

La grande évasion

Il pourrait dépasser les 218,5 millions d'habitants d'ici la fin de l'année. Septième pays le plus peuplé au monde, le Brésil devrait grimper encore jusqu'en 2045, mais il est d'ores et déjà établi que sa population vieillit. Est-ce ce constat qui a inspiré Les voyages de Tereza, beau film-fable arrivé dans les salles françaises à la mi-février dernier ? Ce n'est pas sûr.

Vous cherchez une certitude dans cette chronique ? Je vais dire aussitôt que j'ai trouvé de nombreuses qualités à ce long-métrage d'Amérique latine - lié aussi à des producteurs mexicains, chiliens et néerlandais. Dans un futur non-daté, donc pas forcément lointain, le gouvernement brésilien a décidé de laisser l'économie entre les mains de la jeunesse. Toute personne âgée de plus de 75 ans doit même quitter son domicile pour rejoindre une "colonie" réservée aux seniors. Cette législation liberticide conduit l'employeur de Tereza, une grand-mère célibataire de 77 ans, à la licencier et à la placer alors sous la tutelle de sa fille. Laquelle s'oppose à sa mère qui, elle, entend plutôt profiter de la vie pour exaucer ses derniers rêves et notamment celui de prendre l'avion. Oui, Les voyages de Tereza nous propose de suivre les pérégrinations d'une septuagénaire déterminée à ne pas obéir aux injections sociales dominantes. À rester ainsi seule maîtresse de ses choix et de son destin.

Si ce n'est le sort qu'on réserve à cette femme, il n'y a rien de violent dans cette dystopie, en tout cas à l'image. L'échappée belle de Tereza nous offre même de somptueuses images du Brésil, qui contrastent fort avec celles d'un parc d'attraction vidé de ses visiteurs, où tout fait toc. Sur le plan formel toujours, j'ai pris plaisir à entendre un mélange harmonieux de sonorités naturelles et de musiques synthétiques, mêlées aussi à quelques chansons en portugais, un peu comme dans un rêve. J'insiste: il y a de la douceur dans ce film, qui est plein de tendresse pour son héroïne, parfaitement incarnée par Denise Weinberg, 69 ans. Les voyages de Tereza est aussi un film de rencontres: on se dit vite que certaines risquent de nuire à la vieille dame, tandis que d'autres pourraient bien lui sauver la mise... et ce n'est pas qu'une expression ! Évidemment, je ne dirai pas ce qui se passe à la fin, mais il me semble que la conclusion qui se présente à nous est sujette à interprétation(s). L'onirisme de certaines scènes préalables entretient un flou intéressant. Un indice: des réponses pourraient venir d'un escargot à la bave bleue...

Les voyages de Tereza
(O último azul)
Film brésilien de Gabriel Mascaro / 2025
J'ai parlé de tendresse: cet opus en a aussi pour plusieurs protagonistes que Tereza croisera sur son chemin. Et oui, il devrait vous en inspirer ! Malgré 2-3 passages moins réussis, j'assume mes quatre étoiles pleines. J'aimerais maintenant voir Soleil vert et Plan 75, deux grands films d'anticipation sur la manière dont on peut (mal)traiter nos anciens. Idem avec L'âge de cristal - où l'espérance de vie est plus que réduite...

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Allez, un dernier regard en arrière...
Après Je suis toujours là et L'agent secret l'an passé, ce que le Brésil nous adresse du côté cinéma m'apparaît franchement enthousiasmant. Vous trouverez d'autres longs-métrages sur ma page "Cinéma du monde".

2 commentaires:

  1. Pas eu envie malgré les bons échos.
    Vieillir est un naufrage...

    lié aussi des

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    1. Tes yeux de lynx ont encore fait la preuve de leur qualité : bravo... et encore merci !
      C'est tout de même dommage qu'ils ne se soient pas posés sur ce film remarquable.

      "Vieillir est un naufrage" ? Sans doute, mais Tereza est une combattante : elle ne coule pas.

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